Un salaire au-dessus de la moyenne mais des charges conséquentes
Victor, ostéopathe d'une trentaine d'années en région parisienne, perçoit un revenu net après impôts de 2 800 euros par mois. Il reçoit une centaine de patients mensuellement dans ses deux cabinets, où il pratique des manipulations pour soulager douleurs articulaires, tensions musculaires et blocages, tout en assurant prévention et récupération pour les sportifs. « C'est le seul métier où l'on manipule directement les patients. Et en France aujourd'hui, cela manque beaucoup dans le domaine médical », explique-t-il.
Chaque jour, Victor accueille entre cinq et huit patients. Avec un tarif de 70 euros la séance, son chiffre d'affaires mensuel atteint en moyenne 7 000 euros. Après déduction de près de 3 800 euros de charges professionnelles, il se verse 3 200 euros net avant impôts.
Une profession marquée par une forte densité
Selon le Registre des ostéopathes de France, le revenu mensuel moyen de la profession s'élève à 1 987 euros en 2024. Les 25 % les plus aisés perçoivent en moyenne 3 300 euros par mois, tandis que les 25 % les moins bien rémunérés touchent en moyenne 794 euros par mois. Victor attribue cette disparité à « l'explosion du nombre de diplômés et d'écoles privés qui communiquent énormément pour faire venir les jeunes ».
L'offre est saturée par environ 2 000 nouveaux diplômés chaque année, le nombre d'ostéopathes ayant été multiplié par douze entre 2002 et 2024. La demande, bien qu'en hausse, progresse plus lentement. Dès 2022, l'Inspection générale des affaires sociales (IGAS) soulignait que « cette paupérisation de la profession est un marqueur fort d'une surdensité. La hausse de la démographie des ostéopathes ne pourra qu'aggraver cette situation et plaide pour une régulation de la démographie ».
Un parcours semé d'embûches
Diplômé d'une école agréée par l'État après cinq années d'études coûtant environ 40 000 euros, Victor a débuté sa carrière en « collaboration » dans des cabinets de confrères, versant une redevance par consultation. « Je faisais des collaborations pour investir dans mon propre cabinet, de sorte qu'à terme je sois complètement indépendant », se souvient-il. Aujourd'hui, il est titulaire de deux cabinets en Île-de-France : l'un en location, l'autre acquis pour environ 180 000 euros.
Ses charges mensuelles s'élèvent à 3 800 euros, incluant loyer et crédit des cabinets (1 950 euros), cotisations Urssaf (1 100 euros), prévoyance santé (100 euros), transports (75 euros), assurance professionnelle (49 euros), référencement en ligne (40 euros), site internet (22 euros), frais bancaires (15 euros), forfait téléphonique et divers (quelques dizaines d'euros), sans oublier 114 euros d'impôts, qui devraient augmenter.
Un équilibre financier précaire
Pour atteindre 7 000 euros de chiffre d'affaires, Victor doit recevoir 100 patients par mois. Il travaille cinq jours et demi par semaine, avec des pics d'activité pendant les vacances scolaires. En cas de congés, il fait appel à un collaborateur à qui il rétrocède 30 % de ses honoraires. « Je n'y gagne pas vraiment d'argent, mais je n'en perds pas non plus. Cela me permet de partir en vacances l'esprit tranquille », confie-t-il.
Comme tous les libéraux, il s'acquitte de 25,6 % de son chiffre d'affaires en cotisations sociales. « Le système est violent au début de carrière », estime-t-il. « À mes débuts, j'ai beaucoup travaillé sans vraiment gagner ma vie. Et quand on est libéral, pas de filet de sécurité : on ne dépend que de soi. » Il garde un mauvais souvenir de ses premières déclarations Urssaf, ayant déclaré de mauvais montants et dû travailler quatre mois pour rembourser ses dettes fiscales. « C'est pour ça que je dis : mieux vaut payer un comptable. Et puis, ça prend un temps fou de gérer ça soi-même », sourit-il.
Une vie personnelle rigoureuse
Avec sa compagne, dont le salaire est de 1 800 euros net, Victor est propriétaire d'un appartement acquis 525 000 euros il y a six ans, avec un crédit à 1 % de taux. Leur mensualité est de 1 431 euros, auxquels s'ajoutent 143 euros de charges de copropriété, 106 euros d'électricité, 80 euros de taxe foncière, 33 euros d'accès Internet, 19 euros d'assurance habitation et 600 euros d'alimentation. Toutes dépenses confondues, Victor boucle ses fins de mois à l'équilibre, tout en consolidant son patrimoine personnel et professionnel.
Au final, le trentenaire se dit satisfait de sa vie professionnelle. « J'ai de la chance que ça marche – ce n'est pas le cas pour tout le monde. Être à mon compte, partir quand je veux, avoir des relations avec les patients qui deviennent parfois de vraies amitiés… c'est formidable. J'ai eu beaucoup de jobs étudiants pour financer mes études et c'est extraordinaire de pouvoir vivre de sa passion. »



