Longtemps, la position démocrate sur Israël reposait sur des principes stables : préserver l'alliance, garantir la sécurité d'Israël et défendre la création d'un État palestinien. Les désaccords portaient sur les gouvernements israéliens, rarement sur le soutien américain. Après les attaques du 7 octobre 2023 par le Hamas, Joe Biden avait réaffirmé son engagement et le Congrès avait voté de nouvelles aides à une large majorité.
Près de trois ans plus tard, le vocabulaire a changé, les sondages aussi. Les opérations militaires à Gaza et la politique de Benyamin Netanyahou ont rendu la question israélienne plus conflictuelle au sein du Parti démocrate. Pendant que la direction continue de défendre l'alliance, une part croissante des électeurs et des candidats aux élections de mi-mandat souhaite conditionner, réduire ou supprimer l'aide à Israël.
Un sondage révélateur
Selon un sondage du Washington Post avec Ipsos réalisé en juillet, près des trois quarts des démocrates souhaitent réduire ou supprimer l'aide militaire américaine à Israël, dont 40 % demandant son arrêt complet. Parmi les électeurs se définissant comme "très libéraux", cette proportion atteint 58 %. Le changement est récent : en octobre 2023, 28 % des démocrates estimaient que les États-Unis soutenaient trop Israël ; ils étaient 41 % début 2024, puis 66 % en juin 2026, selon l'université Quinnipiac. La progression concerne les jeunes électeurs, mais aussi les plus âgés.
Le sujet s'invite dans les midterms
Ce changement se vérifie dans les urnes. Lors des primaires démocrates pour les midterms de novembre, plusieurs candidats très critiques envers Israël ont récemment remporté des scrutins à New York, en Pennsylvanie, dans le New Jersey ou dans le Colorado. Le sujet devient un critère distinctif entre candidats aux programmes économiques ou sociaux proches. Les candidats progressistes associent également le sujet aux préoccupations intérieures, opposant les milliards envoyés à Israël au prix du logement, de l'alimentation et des soins médicaux aux États-Unis. Un argument électoral compréhensible dans le Michigan, à New York ou en Pennsylvanie.
Zohran Mamdani, une position autrefois marginale
Zohran Mamdani, maire démocrate socialiste de New York, incarne cette évolution. Il a annoncé étudier avec le service juridique de la ville la possibilité de faire arrêter Benyamin Netanyahou si celui-ci venait à l'Assemblée générale de l'ONU en septembre. La Cour pénale internationale a émis en novembre 2024 un mandat d'arrêt contre le Premier ministre israélien pour crimes de guerre et crimes contre l'humanité à Gaza. Mais les États-Unis ne sont pas membres de la CPI et ne reconnaissent pas son autorité. Des juristes cités par le New York Times jugent l'arrestation pratiquement impossible. Une tentative provoquerait un conflit direct avec le gouvernement fédéral. Le maire assure qu'il appliquera ce que le droit new-yorkais permet. L'ambassadeur américain à l'ONU, Mike Waltz, parle de "théâtre politique", tandis que Netanyahou affirme ne pas être inquiet.
Durant sa campagne, Mamdani qualifiait Netanyahou de criminel de guerre et les opérations à Gaza de génocide, tout en condamnant les attaques du Hamas comme un "crime de guerre horrible". Ces positions restent plus radicales que celles de la direction du parti, mais ne sont plus réservées à quelques élus isolés. Le récent vote de 103 démocrates en faveur de la suppression de 3,3 milliards de dollars d'aide à Israël l'a confirmé, sans modifier la politique américaine pour l'instant. Le Congrès continue d'approuver l'aide, soutenue presque unanimement par les républicains. Chez les démocrates, le débat ne consiste plus à savoir s'il faut critiquer Netanyahou, mais jusqu'où cette critique doit modifier la relation avec Israël. Lors des prochaines primaires, les électeurs auront plusieurs réponses parmi lesquelles choisir.



