Islande : le « non » à l'UE l'emporte, les jeunes basculent
Islande : le « non » à l'UE l'emporte, les jeunes basculent

Les électeurs islandais ont massivement rejeté la reprise des négociations d'adhésion à l'Union européenne lors du référendum organisé samedi 29 août. Selon le dépouillement en cours dimanche matin, le « non » recueillait 52,5 % des voix contre 47,5 % pour le « oui », un écart jugé irrattrapable par la télévision publique RUV. Seule une partie des bulletins d'un district électoral, déjà penché vers le « non », restait à compter. « La nation rejette les négociations d'adhésion à l'UE », a conclu RUV sur son site internet.

Ce scrutin constituait un test d'attractivité pour l'Union européenne, qui voyait d'un bon œil la candidature de cette riche île de l'Atlantique Nord et semblait prête à des compromis. Toute discussion sur une adhésion devrait désormais être gelée pour plusieurs années, d'autant que la participation, autour de 80 %, renforce la légitimité du résultat.

Le vote des jeunes a basculé en faveur du « non »

Le chercheur québécois Mikaa Blugeon-Mered, spécialiste des enjeux arctiques, a souligné un phénomène marquant : « Même à Reykjavik, le niveau du oui est plus faible qu'attendu. L'effet des jeunes se voit : les 18-29 ans ont complètement basculé sur cette campagne. Sur cette démographie, on partait de 63-37 pour le oui, et on arrive à 60-40 pour le non. Les 18-29 ans et les plus de 60 ans sont ceux qui ont le plus voté non. »

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La campagne a été dominée par des enjeux économiques et intérieurs, malgré la dimension géopolitique apportée par la guerre en Ukraine et les déclarations de Donald Trump sur le Groenland voisin, que le président américain a plusieurs fois confondu avec l'Islande. Le gouvernement de la sociale-démocrate Kristrun Frostadottir avait lancé cette consultation pour sonder la population sur une intégration plus poussée.

Une adhésion qui aurait reposé sur la question de la pêche

Si le « oui » l'avait emporté, l'Islande aurait repris ses négociations avec l'UE, notamment sur la pêche, pilier économique et marqueur d'identité nationale. Reykjavik souhaitait conserver la maîtrise de ce secteur, face à l'hostilité des professionnels : 90 % des entreprises du secteur se disaient opposées à une adhésion. L'UE tentait de se montrer conciliante, promettant « des solutions créatives ». Un éventuel accord aurait ensuite été soumis à un second référendum.

La Première ministre a déclaré que la consultation « a permis de relancer le débat sur l'Union européenne, sur la place de l'Islande dans le monde et, plus largement, sur son positionnement géopolitique ». Après avoir voté « oui » dans une école de Reykjavik, elle a affirmé : « Tout ira bien aussi si le non l'emporte. » Elle avait prévenu qu'en cas de rejet, elle ne relancerait pas l'idée d'une adhésion jusqu'à la fin de son mandat, qui court jusqu'en 2028. Le gouvernement a également indiqué qu'il saisirait le Parlement sur un éventuel retrait formel de la candidature islandaise.

Un pays qui profite déjà des avantages de l'UE

L'Islande, pays de près de 400 000 habitants, avait déposé sa candidature en 2009 après la crise financière, mais les discussions avaient été gelées en 2013 avec l'arrivée d'un gouvernement eurosceptique. Aujourd'hui, le sentiment général est que le pays profite des avantages sans les inconvénients d'une adhésion : il fait déjà partie du marché unique, de l'espace Schengen et du programme Erasmus, et bénéficie de la libre circulation des personnes, biens, services et capitaux.

Pour l'UE, qui n'a plus accueilli de pays riche depuis 1995, une adhésion islandaise aurait constitué une vitrine positive de sa politique d'élargissement et renforcé sa présence dans l'Arctique. Un « oui » aurait également pu relancer le débat en Norvège, toujours réticente à adhérer. Les liens entre l'Islande et l'UE resteront inchangés, mais l'élargissement perd une occasion de démonstration.

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