La Hongrie s'apprête à tourner une page sombre de son histoire médiatique. Après des années de contrôle étatique sous Viktor Orban, une nouvelle loi sur les médias, adoptée le 30 juin 2025, vise à démanteler le système de propagande et à restaurer l'indépendance journalistique. Selon le ministre de la Justice, Bence Tuzson, cette réforme "met fin à l'usine à mensonges" qui a dominé le paysage médiatique hongrois depuis 2010.
Un système de contrôle médiatique démantelé
La loi, votée par le Parlement hongrois avec une majorité des deux tiers, dissout l'Autorité nationale des médias et des communications (NMHH), accusée d'être un outil de censure. À sa place, un Conseil indépendant des médias sera créé, composé de journalistes, d'universitaires et de représentants de la société civile, nommés par le président de la République. "Nous voulons garantir que les Hongrois aient accès à une information pluraliste et vérifiée", a déclaré Tuzson lors d'une conférence de presse.
Le nouveau cadre légal interdit également la concentration des médias entre les mains d'une seule entité. Les groupes proches du gouvernement, comme KESMA (Fondation hongroise des médias), devront se séparer de leurs actifs dans un délai de deux ans. KESMA contrôlait jusqu'à 80% des médias régionaux et nationaux, selon un rapport de Reporters sans frontières (RSF).
Des conséquences immédiates pour les médias pro-Orban
Les premières répercussions sont déjà visibles. Le quotidien conservateur Magyar Nemzet, longtemps considéré comme la voix du gouvernement, a annoncé sa fermeture le 1er juillet, faute de financement. "Nous ne pouvons pas survivre sans le soutien de l'État", a confié un journaliste sous couvert d'anonymat. De même, la chaîne de télévision Echo TV a été vendue à un consortium d'investisseurs indépendants.
Selon une enquête de l'institut Médián, 65% des Hongrois soutiennent cette réforme, tandis que 25% expriment des craintes quant à une possible instabilité. "C'est un pas historique vers la démocratie", a commenté Gábor Váradi, président de l'Association hongroise des journalistes. "Mais nous devons rester vigilants pour éviter que de nouveaux monopoles ne se forment."
Réactions internationales et enjeux européens
L'Union européenne, qui avait suspendu des fonds à la Hongrie en raison de violations de l'État de droit, a salué cette initiative. "C'est un signal fort envoyé par Budapest", a déclaré la commissaire européenne aux Valeurs et à la Transparence, Věra Jourová. "Nous espérons que cela permettra de restaurer la confiance et de débloquer les fonds gelés."
Cependant, des critiques émergent quant à la rapidité de la mise en œuvre. "Le diable se cache dans les détails", a prévenu l'ONG Amnesty International, soulignant que la nouvelle loi ne prévoit pas de mécanisme de contrôle suffisant contre les ingérences politiques. Le gouvernement Orban, quant à lui, a promis une transition en douceur, mais certains analystes redoutent une période de vide juridique.
Un avenir médiatique incertain
La libéralisation du secteur ouvre la voie à de nouveaux acteurs. Plusieurs médias en ligne indépendants, comme Direkt36 et Átlátszó, ont déjà vu leur audience bondir de 40% depuis l'annonce de la réforme. "Nous assistons à une renaissance du journalisme d'investigation en Hongrie", s'est réjoui András Pethő, cofondateur de Direkt36. "Mais le financement reste un défi majeur."
Le gouvernement a alloué un fonds de 50 millions d'euros pour soutenir les médias indépendants pendant la transition. Ce montant, bien que significatif, est jugé insuffisant par certains. "Il faudra au moins 200 millions d'euros pour créer un écosystème médiatique viable", estime l'économiste Zoltán Kész, spécialiste des médias.
En attendant, les Hongrois redécouvrent le pluralisme de l'information. Les ventes de journaux d'opposition, comme Népszava, ont augmenté de 25% en une semaine. "C'est comme si on sortait d'un long hiver", a confié une lectrice à Budapest. "Nous avons tellement soif de vérité."



