L'Europe confrontée au deuxième choc chinois
Le continent européen subit actuellement les effets du deuxième choc chinois, une transformation économique profonde qui menace ses fondements industriels. Alors que le premier choc, au début des années 2000, correspondait à l'invasion des produits manufacturés bas de gamme après l'entrée de la Chine dans l'Organisation mondiale du commerce, la situation actuelle est radicalement différente.
De la production basique à la domination technologique
Le modèle chinois a évolué de manière spectaculaire. L'empire du Milieu n'est plus seulement le royaume du textile et des jouets à bas prix. Il est devenu un concurrent redoutable dans toutes les technologies de pointe, démontrant une capacité d'innovation qui bouleverse les équilibres mondiaux.
Cette montée en puissance s'est manifestée par plusieurs succès retentissants : la destruction de l'industrie européenne des panneaux solaires il y a une décennie, la position de premier constructeur mondial de nouvelles centrales nucléaires, et une place majeure dans le développement de nouveaux médicaments.
L'exemple emblématique de l'automobile
Le secteur automobile illustre parfaitement cette transformation. Avant la pandémie de Covid-19, la Chine était importatrice nette de véhicules. Aujourd'hui, 40% des voitures individuelles produites dans le monde sortent de ses usines. Mais le plus inquiétant pour l'Europe réside dans la maîtrise chinoise des batteries électriques, donnant au pays une avance considérable dans la production de véhicules électriques, pourtant considérés comme l'avenir de la filière automobile mondiale.
L'Europe sous pression
Face à cette offensive, l'Union européenne apparaît groggy. Les chefs d'État et de gouvernement se sont réunis jeudi 12 février en Belgique pour un sommet consacré à la compétitivité, alors que le rapport alarmant de Mario Draghi sur le décrochage économique européen, remis en septembre 2024, commence à peine à être mis en œuvre.
La situation s'est encore aggravée avec l'imposition par Donald Trump de droits de douane de 15% sur les produits européens. Le risque est désormais celui d'une nouvelle vague de désindustrialisation, plus violente que les précédentes, accompagnée d'une perte accrue de souveraineté économique qui pourrait alimenter la démagogie politique et une crise démocratique profonde.
Les propositions de réaction
Face à cette situation critique, plusieurs pistes émergent. Le rapport publié lundi 9 février par Clément Beaune, haut-commissaire à la stratégie et au plan, propose des mesures radicales : soit imposer des droits de douane de 30% à l'ensemble des produits chinois, soit procéder à une dévaluation de 30% de l'euro.
Ces menaces, peu susceptibles d'être adoptées par l'UE selon M. Beaune, visent principalement à amener la Chine à la table des négociations pour qu'elle réévalue enfin sa monnaie, sous-évaluée d'environ 25%, ou réduise les subventions à ses industries.
La vision de Macron pour une Europe renouvelée
De son côté, dans un entretien publié mardi 10 février, Emmanuel Macron met l'accent sur la nécessité de réformer en profondeur l'Union européenne pour redynamiser cet immense marché de 450 millions d'habitants. Le président français préconise un grand plan d'endettement paneuropéen destiné à investir massivement dans la transition écologique, l'intelligence artificielle et les technologies quantiques.
L'objectif est clair : éviter que le continent ne soit balayé dans ces secteurs-clés qui détermineront la puissance économique des décennies à venir.
La nécessité d'une double stratégie
Pour survivre économiquement et politiquement, l'Europe doit urgemment innover dans deux directions complémentaires : la protection de ses secteurs stratégiques et l'investissement dans les technologies d'avenir. La révolution technologique chinoise trouve son origine dans le plan « Made in China 2025 », adopté en 2015, qui visait explicitement le développement de secteurs prioritaires.
Il est désormais temps pour l'UE de surmonter ses divisions internes pour définir à son tour des mesures de protection efficaces et une politique industrielle ambitieuse. Cette dernière doit s'appuyer sur un plan d'investissement commun et un renforcement substantiel des systèmes scolaires et universitaires européens.
Ces impératifs stratégiques ne sont pas nouveaux, mais la situation géopolitique actuelle et l'évolution rapide des rapports de force économiques les rendent plus vitaux que jamais. L'Europe se trouve à un carrefour décisif de son histoire économique, où ses choix détermineront sa place dans le monde de demain.



