Dix ans après le référendum du 23 juin 2016, le Brexit apparaît comme une promesse non tenue. Alors que les partisans de la sortie de l'Union européenne promettaient une prospérité retrouvée, les faits montrent un tableau contrasté, marqué par des difficultés économiques, des tensions commerciales et une recomposition politique. Selon une étude du Centre for European Reform, le PIB britannique est inférieur de 5,5 % à ce qu'il aurait été si le Royaume-Uni était resté dans l'UE.
Des promesses économiques non réalisées
L'argument central des partisans du Brexit était la capacité du Royaume-Uni à négocier des accords commerciaux plus avantageux hors de l'UE. Or, les données montrent que les exportations britanniques vers l'UE ont chuté de 16 % depuis 2020, tandis que les nouvelles barrières douanières ont alourdi les coûts pour les entreprises. L'Office for Budget Responsibility estime que les échanges commerciaux à long terme seront réduits de 15 % par rapport à un scénario de maintien dans l'UE.
Le secteur financier, pourtant vanté comme un gagnant du Brexit, a vu une partie de ses activités migrer vers l'UE. Selon la Banque d'Angleterre, environ 7 500 emplois ont été transférés de Londres vers des places financières comme Francfort, Paris ou Dublin. La City conserve son attractivité, mais son rôle de hub financier européen est érodé.
Un marché du travail sous tension
La fin de la libre circulation des personnes a provoqué une pénurie de main-d'œuvre dans plusieurs secteurs clés. Selon l'Office for National Statistics, le nombre de travailleurs nés dans l'UE a chuté de 400 000 entre 2019 et 2023. Les secteurs de la santé, de l'hôtellerie et de l'agriculture sont particulièrement touchés. Le NHS (système de santé public) compte 10 000 postes vacants pour des infirmiers, en partie à cause du départ de personnels européens.
Le gouvernement a tenté de compenser par un système de visas plus restrictif, mais les entreprises peinent à recruter. Selon la Fédération des petites entreprises, 60 % des PME rencontrent des difficultés de recrutement, contre 40 % avant le Brexit.
Un bilan politique contrasté
Sur le plan politique, le Brexit a renforcé la souveraineté nationale, mais au prix d'une instabilité chronique. Depuis 2016, le Royaume-Uni a connu cinq Premiers ministres (Cameron, May, Johnson, Truss, Sunak) et une succession de crises. Le parti conservateur, qui a porté le Brexit, est désormais divisé entre les partisans d'une ligne dure et les modérés.
Le Scottish National Party (SNP) réclame un nouveau référendum d'indépendance, arguant que l'Écosse, qui avait voté à 62 % pour rester dans l'UE, ne doit pas subir un Brexit qu'elle n'a pas choisi. En Irlande du Nord, le protocole nord-irlandais a provoqué des tensions politiques et des blocages institutionnels, bien qu'un accord récent avec l'UE ait apaisé la situation.
Selon un sondage YouGov de juin 2024, 55 % des Britanniques estiment que le Brexit a été une erreur, tandis que 34 % le considèrent comme une bonne décision. Le clivage générationnel est marqué : 70 % des 18-24 ans jugent le Brexit négatif, contre 40 % des plus de 65 ans.
Des perspectives incertaines
À dix ans du référendum, le débat sur un éventuel retour dans l'UE reste tabou dans la classe politique. Les travaillistes, favoris dans les sondages pour les prochaines élections, excluent une adhésion, mais évoquent un rapprochement sectoriel, notamment sur la sécurité et l'environnement. Le Premier ministre Rishi Sunak défend les « avantages du Brexit », mais peine à convaincre une opinion publique lasse.
Pour les économistes, le coût du Brexit est désormais chiffré. Une étude du London School of Economics estime que le revenu par habitant est inférieur de 1 300 livres par an par rapport à un scénario sans Brexit. Les investissements étrangers au Royaume-Uni ont également pâti : selon EY, le nombre de projets d'investissement a chuté de 28 % entre 2016 et 2023.
En conclusion, le Brexit n'a pas tenu ses promesses de prospérité et de contrôle retrouvé. Les difficultés économiques, les tensions politiques et les divisions sociales persistent, laissant entrevoir un avenir incertain pour le Royaume-Uni, dix ans après ce choix historique.



