Ce 6 mai marque le premier anniversaire de l'entrée en fonction de Friedrich Merz en tant que chancelier fédéral. Contesté jusque dans son propre camp, le chrétien-démocrate de 70 ans n'est pas à la fête. Un an après son arrivée au pouvoir, l'Allemagne a pris des airs de village gaulois. Les explications entre les deux partis de la coalition ont dégénéré en altercation mi-avril, lorsque le chancelier a violemment pris à partie son vice-chancelier Lars Klingbeil à propos d'une taxe sur les hauts revenus.
Des partis affaiblis
Chacun des deux partis est affaibli : le SPD tombe à 13 % d'intentions de vote, tandis que la CDU, qui promettait de diviser le score de l'AfD par deux, se retrouve reléguée à cinq points derrière elle : 22 contre 27 selon l'institut Forsa. La cote du chancelier a dégringolé la semaine dernière : lanterne rouge du baromètre politique, au niveau d'Olaf Scholz en fin de mandat. Les citoyens espéraient un gouvernement en action ; ils assistent aux esclandres.
Des critiques internes
La biographe de « l'Inflexible » Merz, Jutta Falke-Ischinger, se dit « déçue » : « Il pose les bons diagnostics, mais ne parvient pas à les mettre en œuvre. Il faut maîtriser l'art de gouverner, convaincre par le dialogue. Et là, il a clairement des difficultés. » Les flèches volent aussi depuis son propre camp : Merz y est décrit comme « sanguin et facilement influençable », et un député merkelien lâche que « maintenant qu'on le voit à l'œuvre, on comprend pourquoi il lui a fallu vingt-cinq ans pour conquérir le pouvoir ».
Impopularité massive
Les promesses de relance ont fait long feu, les plans sociaux tombent comme à Gravelotte et les emplois sont détruits par dizaines de milliers. Trois entreprises sur quatre ne font pas confiance au gouvernement pour stimuler la croissance. L'impopularité de Merz est massive chez les jeunes, irrités par le retour du service militaire, et avec une hausse des prix de 2,9 % en avril, le gouvernement peine à convaincre qu'il maîtrise la situation.
Réformes et tensions
Sa première grande réforme, celle de l'assurance-maladie, vient d'être adoptée, mais Falke-Ischinger prédit qu'elle sera « sabordée par les débats parlementaires ». Elle évoque une société « à cran » : « Dès qu'on mentionne le nom de Merz, les gens montent sur les barricades. » Surnommé la « Fauxpas-Maschine » par la presse, il promet dans un entretien au « Spiegel » – où il se lamente d'être le « chancelier le plus maltraité de l'histoire » – d'améliorer son langage.
Son franc-parler, atout en campagne, prête désormais à conséquence. Son commentaire sur « l'humiliation des Américains par l'Iran » a débouché sur le retrait annoncé de 5 000 GIs de Bavière, tandis que le non-déploiement de missiles Tomahawk, décidé sous Biden et annulé par le Pentagone, fragilise durablement la défense du territoire. Merz proclame désormais que « l'émancipation de la tutelle américaine sera LA mission de son mandat ». Le premier chancelier septuagénaire depuis Adenauer envisage même, dans une ambiance déjà crépusculaire, de se présenter à sa propre succession.
* « Der Unbeugsame », co-écrit avec Daniel Goffart, éd. LMV (non traduit).



