La ministre déléguée aux Armées, Alice Rufo, a lancé un appel à une prise de conscience collective lors d'une intervention à l'Institut des hautes études de défense nationale (IHEDN) le 13 juillet 2026. « Le temps du déni est terminé », a-t-elle déclaré, en référence à la nécessité pour l'Europe de renforcer son autonomie stratégique en matière de défense.
Un contexte de menaces accrues
Selon Alice Rufo, l'invasion russe de l'Ukraine en 2022 a marqué un tournant. « La guerre est de retour sur le continent européen, et elle pourrait s'étendre si nous ne prenons pas nos responsabilités », a-t-elle averti. La ministre a souligné que l'Europe doit se préparer à faire face seule à d'éventuelles crises, en raison de l'incertitude quant à l'engagement futur des États-Unis via l'OTAN.
Des initiatives concrètes
Pour répondre à ce défi, la France pousse plusieurs initiatives. Parmi elles, le renforcement du Fonds européen de défense, doté de 7,9 milliards d'euros pour la période 2021-2027, et la création d'une capacité de déploiement rapide de 5 000 soldats. Alice Rufo a également évoqué le projet de bouclier antimissile européen, porté par l'Allemagne et auquel la France participe.
Un appel à la souveraineté industrielle
La ministre a insisté sur la nécessité de développer une base industrielle et technologique de défense européenne (BITDE) plus intégrée. « Nous devons réduire notre dépendance vis-à-vis des équipements non européens, notamment américains », a-t-elle affirmé. Elle a cité l'exemple du programme de chasseur de nouvelle génération SCAF (Système de combat aérien futur), qui associe la France, l'Allemagne et l'Espagne.
Des divergences persistantes
Malgré cette volonté affichée, des divergences subsistent entre États membres. Certains pays, comme la Pologne ou les États baltes, restent très attachés à la protection de l'OTAN et se montrent réticents à des initiatives qui pourraient affaiblir l'Alliance. Alice Rufo a reconnu ces différences, mais a estimé que « l'Europe peut agir en complément de l'OTAN, sans la concurrencer ».
Un calendrier serré
La ministre a fixé un objectif : « D'ici 2030, nous devons avoir des capacités de défense crédibles, à la hauteur des enjeux. » Elle a appelé à une augmentation des budgets de défense nationaux, tout en rappelant que la France consacre déjà 2 % de son PIB à la défense, comme recommandé par l'OTAN. « L'effort doit être partagé », a-t-elle conclu.



