L'AfD en tête des sondages en Saxe-Anhalt
Dans le Land de Saxe-Anhalt, où les élections régionales se tiendront le 6 septembre, l'Alternative pour l'Allemagne (AfD) domine les intentions de vote avec 40% des suffrages. Les conservateurs arrivent en deuxième position avec seulement 25 à 26% des bulletins. Cette avance considérable pourrait permettre à l'extrême droite allemande de gouverner seule, un scénario que ses dirigeants appellent de leurs vœux.
Ulrich Siegmund, le candidat AfD à la présidence de la Saxe-Anhalt, a déclaré avec assurance : "Nous pouvons y arriver seuls et obtenir la majorité absolue". Cette perspective est d'autant plus probable que tous les autres partis politiques ont catégoriquement rejeté toute alliance potentielle avec l'AfD, classée comme mouvement "extrémiste de droite avéré" par les services de renseignement locaux.
Un programme de 156 pages aux propositions radicales
Lors du congrès du parti à Magdebourg, capitale du Land, Ulrich Siegmund a présenté devant 250 délégués un programme de campagne de 156 pages qui s'attaque à pratiquement tous les domaines de la société. À l'extérieur du palais des congrès, des centaines de manifestants s'étaient rassemblés pour protester contre ce parti dont les positions se radicalisent de plus en plus.
Le programme local de l'AfD se concentre particulièrement sur trois thématiques principales :
- La natalité et la famille traditionnelle
- L'éducation et l'identité nationale
- L'immigration et la "remigration"
Natalité et promotion de la famille traditionnelle
Influencés par la théorie complotiste du grand remplacement, les auteurs du programme ambitionnent de prévenir "l'extinction du peuple allemand". Pour expliquer la baisse des naissances, ils pointent du doigt les "déviances sexuelles et des modes de vie non reproductifs".
L'AfD entend lutter contre ce qu'elle qualifie d'"esprit malsain, à la fois pervers, de gauche, radicalement féministe et individualiste". Pour promouvoir la famille traditionnelle, le parti propose un arsenal de mesures :
- Restreindre l'accès à l'avortement
- Créer une prime à la naissance
- Rendre les crèches gratuites
- Instaurer des allocations familiales à l'échelle locale
- Proposer des prêts à taux réduit pour les jeunes familles
Éducation et révisionnisme historique
Parce que l'éducation est une compétence des Länder, l'AfD a prévu une série de mesures pour les écoles de Saxe-Anhalt. Le parti s'alarme de "la propagande d'extrême gauche" en milieu scolaire et propose :
- L'interdiction des drapeaux arc-en-ciel dans les établissements scolaires
- L'obligation de hisser le drapeau allemand chaque matin
- La suppression des financements des programmes "antiracistes"
- Le remplacement de ces programmes par "des cours d'autodéfense"
Concernant les manuels scolaires, l'AfD prévoit que le futur gouvernement de Saxe-Anhalt les sélectionnera avec l'objectif d'endiguer "la perpétuation d'un complexe de culpabilité" face au nazisme. Au contraire, les nouveaux livres de classe mettront en valeur la naissance de l'empire allemand au XIXe siècle.
Une "offensive de remigration" et des liens avec la Russie
Le programme local demande l'"arrêt immédiat de l'accueil des étrangers non ressortissants de l'UE" et la suppression du droit fondamental à l'asile, pourtant inscrit dans la constitution allemande. L'AfD entend orchestrer des campagnes massives d'expulsions en créant, une fois au pouvoir, des "task forces" dédiées.
Dans la continuité de sa proximité avec la Russie - le parti est accusé d'espionnage au profit du Kremlin - l'AfD s'en prend aux réfugiés ukrainiens. Ces derniers n'auront plus accès aux prestations sociales et seront classés comme des "réfugiés de guerre". Le parti promet même la préparation d'une "offensive de remigration".
L'AfD, qui ne cache pas son ambition d'améliorer ses relations avec Moscou, compte reprendre les achats de gaz russe et abolir "la propagande anti-russe" qu'elle perçoit dans les médias allemands.
Des propositions difficilement applicables mais inquiétantes
Si les 250 délégués réunis ont adopté le programme pour la Saxe-Anhalt, une grande partie des propositions ne seront pas ou difficilement applicables. La plupart relèvent des compétences fédérales ou européennes, voire sont anti-constitutionnelles.
Néanmoins, si l'AfD parvient à remporter les élections régionales, ses élus mettront la main sur l'éducation, la police et les services de renseignement locaux. Cette perspective inquiète profondément l'opposition.
Eva von Angern, présidente du groupe parlementaire local Die Linke (La Gauche), a qualifié les projets de l'AfD de "scénario cauchemardesque pour la Saxe-Anhalt et pour notre démocratie". L'élue accuse le parti d'extrême droite de nourrir des "fantasmes inhumains de toute-puissance" et d'œuvrer pour la construction d'un État autoritaire.
Dans son cri d'alarme, Eva von Angern a insisté sur la nécessité que le public prenne conscience des "conséquences très négatives qu'il subirait personnellement si l'AfD venait à gouverner". Malgré les freins constitutionnels et juridiques, la simple perspective de voir l'AfD aux commandes de la région suscite déjà de vives inquiétudes dans les milieux politiques et associatifs.



