États-Unis : le rêve américain s'éloigne pour les Français avec le durcissement des règles pour la green card
Green card : le rêve américain s'éloigne pour les Français

Le rêve américain s'éloigne-t-il pour les Français aux États-Unis ? Une annonce a semé l'inquiétude parmi les avocats en immigration, les associations d'aide aux migrants et de nombreux employeurs : l'administration Trump vient de durcir les règles pour obtenir la green card (la carte de résident permanent). Désormais, sauf « circonstances extraordinaires », les étrangers vivant légalement aux États-Unis devront retourner dans leur pays d'origine pour y déposer leur demande de résidence permanente. Selon NPR, cette mesure remet en cause une pratique appliquée depuis plus de cinquante ans.

Un changement de procédure radical

Jusqu'à présent, les détenteurs de visas temporaires pouvaient, sans quitter le territoire, engager une procédure d'adjustment of status – un changement de statut leur permettant de devenir résidents permanents directement depuis les États-Unis. Dans un communiqué, le porte-parole des services de l'immigration américaine, Zach Kahler, explique ce revirement : « À partir de maintenant, un étranger en séjour temporaire aux États-Unis qui souhaite obtenir une green card devra rentrer dans son pays pour en faire la demande, sauf cas exceptionnel. »

Une « forme exceptionnelle de recours »

D'après ABC News, la nouvelle directive invite les agents de l'USCIS (l'agence en charge de l'immigration) à considérer les demandes de régularisation déposées depuis le territoire américain comme une « forme exceptionnelle de recours ». L'administration Trump justifie ce changement par un retour « à l'intention initiale de la loi ». Autrement dit, les visas temporaires ne doivent plus servir de tremplin vers l'immigration permanente. « Les étudiants, les travailleurs temporaires ou les touristes viennent aux États-Unis pour une durée limitée et un objectif précis. Leur séjour ne doit pas devenir une première étape vers la carte verte », insiste l'USCIS.

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Pourtant, les conséquences pourraient être lourdes. Selon CBS News, plus de 600 000 personnes déjà sur place déposent chaque année une demande de green card : étudiants, ingénieurs en visa H-1B, chercheurs, salariés expatriés, conjoints de citoyens américains ou encore réfugiés.

Vers une « explosion des séparations familiales » ?

Pour les Français installés aux États-Unis, l'impact sera particulièrement sensible. Beaucoup arrivent avec un visa étudiant, de travail ou de mobilité intra-entreprise, puis entament une procédure de résidence permanente, souvent sponsorisée par un employeur ou un conjoint américain. Jusqu'ici, cette transition se faisait sans quitter le pays. Avec la nouvelle règle, un cadre français dans la tech à Seattle, un chercheur à Boston ou un étudiant marié à un Américain pourraient être contraints de rentrer en France pour finaliser leur dossier dans un consulat.

Cette perspective alarme les spécialistes. Tahmina Watson, avocate citée par The Seattle Times, y voit « probablement la mesure la plus importante » prise par l'administration Trump sur l'immigration légale, avec un risque « d'explosion des séparations familiales et de perturbations professionnelles ».

Un flou inquiétant

D'autres experts appellent à la prudence. Le mémo publié le 22 mai laisse en effet plusieurs zones d'ombre : quels visas sont concernés ? Comment seront traités les dossiers en cours ? Combien de temps les candidats devront-ils rester hors des États-Unis ? Cette incertitude alimente l'angoisse juridique. Pour The Washington Post, les avocats y voient une nouvelle étape dans la stratégie de Donald Trump pour réduire l'immigration légale. Les États-Unis délivrent plus d'un million de green cards chaque année, et, jusqu'à présent, plus de la moitié des demandeurs se trouvent déjà sur le sol américain.

Les critiques pointent aussi les conséquences humaines. L'organisation World Relief évoque un « piège administratif » pour certaines familles. Dans des pays soumis à des restrictions de visas ou en conflit, les demandeurs pourraient se retrouver bloqués à l'étranger pendant des mois, voire des années. La situation est encore plus critique pour les ressortissants de pays où les services consulaires américains sont fermés, comme l'Afghanistan depuis 2021.

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Une politique « absurde et cruelle »

Les démocrates dénoncent une manœuvre pour limiter l'accès à la résidence permanente. Doug Rand, ancien conseiller de l'USCIS sous Biden, estime que « l'objectif est plus que clair : réduire le nombre de personnes obtenant la green card, car celle-ci ouvre la voie à la citoyenneté ». « Cette nouvelle politique va obliger des milliers d'immigrés légaux, dont les époux de citoyens américains, à quitter leur maison, leur famille et leur travail pour des semaines, voire des mois, pour obtenir leur green card hors des États-Unis », s'alarme un député démocrate, Chuy Garcia, sur X. « C'est une politique absurde et cruelle », attaque l'élu.

Aucune date d'entrée en vigueur n'a encore été précisée. Des recours judiciaires sont déjà envisagés. Une chose est sûre, après les restrictions sur les visas, les limites imposées aux réfugiés et les nouvelles interdictions de voyage, cette réforme marque une nouvelle étape dans le durcissement de la politique migratoire américaine – y compris pour ceux qui vivent légalement aux États-Unis et espèrent s'y installer durablement.