Le Sri Lanka, île autrefois prisée des touristes pour ses plages et ses plantations de thé, est devenu un nouveau terrain de prédilection pour les escrocs en ligne. Selon une enquête du Monde publiée le 22 juin 2026, le pays abrite désormais des centres d'appels clandestins où des milliers de jeunes Srilankais, souvent diplômés, sont recrutés pour arnaquer des victimes à l'étranger. Ces opérations génèrent des profits colossaux, estimés à plusieurs centaines de millions de dollars par an.
Un phénomène en pleine expansion
L'enquête révèle que ces réseaux, souvent liés à la criminalité organisée, se sont implantés au Sri Lanka en raison de la faiblesse des régulations et de la corruption endémique. Les arnaques vont du faux support technique aux escroqueries sentimentales, en passant par des investissements fictifs en cryptomonnaies. Un ancien employé d'un de ces centres, interrogé sous couvert d'anonymat, explique : "On nous formait à gagner la confiance des victimes en utilisant des scripts élaborés. Les patrons étaient souvent des étrangers, mais la main-d'œuvre était locale."
Selon les données recueillies par les autorités locales, le nombre de plaintes pour escroquerie en ligne a bondi de 300 % entre 2023 et 2025. Pourtant, les arrestations restent rares : moins de 10 % des plaintes aboutissent à des poursuites. "La police manque de moyens et de formation pour lutter contre ces crimes numériques", déplore un responsable de l'unité cybercriminelle de Colombo.
Des victimes partout dans le monde
Les cibles privilégiées sont les personnes âgées et les investisseurs novices en Europe, en Amérique du Nord et en Asie. Une association de défense des consommateurs basée à Londres a recensé plus de 1 500 plaintes liées à des appels provenant du Sri Lanka en 2025, avec un préjudice moyen de 12 000 euros par victime. "Ces escrocs sont très organisés et utilisent des technologies de pointe pour masquer leur localisation", précise le rapport.
Le gouvernement srilankais, sous pression internationale, a promis de renforcer la législation. En mars 2026, une nouvelle loi sur la cybercriminalité a été adoptée, prévoyant des peines allant jusqu'à 10 ans de prison. Cependant, les critiques estiment que ces mesures sont insuffisantes. "Tant que la pauvreté et le chômage des jeunes resteront élevés, ces réseaux continueront de recruter", avertit un économiste de l'Université de Colombo.
Un impact économique et social
Au-delà des victimes étrangères, ces activités illicites ont des conséquences sur l'économie locale. L'argent sale blanchit via l'immobilier et le commerce, contribuant à la hausse des prix. Par ailleurs, la réputation du pays est ternie, ce qui pourrait affecter le tourisme, un secteur clé. "Le Sri Lanka est en train de devenir un hub de la cybercriminalité, comme l'Inde ou les Philippines", s'alarme un expert en sécurité.
Les autorités tentent de réagir, mais les défis sont immenses. "Nous avons besoin d'une coopération internationale plus forte pour démanteler ces réseaux", conclut le chef de la police criminelle. En attendant, des milliers de jeunes continuent de tomber dans le piège de ces arnaques, attirés par des promesses de salaires élevés.



