La voiture, malgré son impact considérable sur le climat et les écosystèmes, demeure un objet identitaire profondément ancré dans nos sociétés. C'est ce paradoxe qu'explore le cinquième épisode de la série « Petite philosophie de la bagnole » du Nouvel Obs. Alors que les grands penseurs du XXe siècle ont largement ignoré l'automobile, un nouveau champ de recherche émerge depuis une quinzaine d'années pour combler ce vide : les infrastructure studies. Ces travaux, au croisement de l'histoire, de la sociologie et de l'anthropologie, analysent les conditions matérielles de notre cadre de vie, et notamment la place prépondérante accordée à la voiture.
Le silence des philosophes face à la voiture
Dans les épisodes précédents, il a été montré que la voiture a peu inspiré les grands philosophes du XXe siècle, à l'exception de quelques éclairs. Le silence est encore plus frappant concernant tout ce qui permet à l'automobile de rouler : pas de théorie du pétrole, de traité du bitume, ni de métaphysique des réseaux routiers. Cette négligence est en train d'être réparée grâce aux infrastructure studies, un courant de recherche qui s'intéresse aux infrastructures comme révélateurs des choix de société.
Nelo Magalhães et l'histoire des équipements de transport
Le chercheur Nelo Magalhães s'inscrit dans ce courant. Auteur d'une histoire des équipements de transport, il montre comment la modernité n'a cessé d'abattre des arbres et de remblayer les sols pour faire place à « Sa Majesté la voiture ». Ses travaux illustrent concrètement l'impact matériel de l'automobile sur le vivant, bien au-delà des seules émissions de CO2.
Un impact climatique et écologique majeur
Réchauffement climatique et fragilisation des écosystèmes sont les deux menaces que les sociétés modernes font peser sur la nature. Pour ce qui est du climat, le rôle de la voiture est désormais bien connu. Un chiffre suffit à le rappeler : les 40 millions de véhicules particuliers en France contribuent massivement aux émissions de gaz à effet de serre. Mais l'impact ne s'arrête pas là : la construction des routes, des parkings et des infrastructures associées a un coût écologique considérable, souvent invisible.
La technique aime à se faire oublier
Comme le souligne l'épisode, « la technique aime à se faire oublier ». Cette formule résume bien le problème : l'impact de la voiture sur le vivant reste sur le bas-côté, négligé par la pensée dominante. Les infrastructure studies entendent remédier à cette amnésie en mettant en lumière les choix matériels qui façonnent nos vies et notre environnement.
Un objet identitaire qui fâche
La voiture pollue, mais elle est devenue une part de notre identité. C'est un objet qui fâche, comme le rappelle le Nouvel Obs dans cette enquête auprès des grands penseurs. Pour sortir de l'ornière, il faut comprendre comment cet objet a réinventé notre rapport à la nature, en transformant le pare-brise en « machine audiovisuelle », selon l'expression d'un épisode précédent.
Vers une réparation de la négligence
La recherche actuelle s'attache donc à réparer cette négligence. En analysant les infrastructures routières, les réseaux de transport et leurs impacts, les chercheurs espèrent éclairer les débats sur la transition écologique. L'enjeu est de taille : il s'agit de repenser notre rapport à la mobilité et au vivant, en tenant compte des réalités matérielles trop longtemps ignorées.
Cet avant-dernier épisode de la série invite à mesurer les impacts du monde automobile sur la nature, non pas pour diaboliser la voiture, mais pour mieux comprendre les mécanismes à l'œuvre. Une démarche essentielle à l'heure où les urgences climatiques et écologiques imposent de repenser nos modes de vie.



