L'Iran renforce secrètement son arsenal de surveillance avec une technologie russe
Une enquête coordonnée par Forbidden Stories, en collaboration avec Le Monde, Papertrail Media, Der Spiegel et ZDF, dévoile que l'Iran s'est doté discrètement d'un logiciel sophistiqué de reconnaissance faciale développé par une entreprise russe sous sanctions occidentales. Cette acquisition, réalisée à partir de 2020 et 2021, permet au régime de Téhéran d'amplifier ses capacités de surveillance et de répression, dans un contexte de tensions internes et externes.
Un système de surveillance perfectionné malgré les sanctions
Alors que des scènes de liesse ont accueilli la mort du Guide suprême dans plusieurs villes iraniennes, ces rassemblements spontanés, ignorés par les médias officiels, n'ont probablement pas échappé aux caméras de vidéosurveillance. Le régime, dont l'avenir est incertain après les frappes américaines et israéliennes, doit sa longévité à un imposant appareil de surveillance. Des déclarations officielles et des fuites de documents avaient déjà indiqué l'intérêt des autorités pour la reconnaissance faciale, mais son obtention effective restait incertaine jusqu'à présent.
Fondée sur des documents provenant d'entreprises iraniennes et russes, l'enquête révèle que le régime et plusieurs entités proches ont acquis le logiciel FindFace, conçu par NTechLab, une société russe spécialisée dans la surveillance. Cette technologie de pointe permet d'identifier des individus à partir d'images vidéo, renforçant ainsi les moyens de contrôle de la population.
Des sociétés écrans au service du régime
Le processus d'acquisition a débuté à l'été 2019. Le 19 août, la société iranienne Rasadco a acheté FindFace. Peu après, Rasadco a été absorbée par une entreprise plus grande, Kama, qui a ensuite revendu le logiciel à diverses entités iraniennes. Selon un document consulté par Le Monde, Kama est dirigée par un proche de l'État iranien, membre des Gardiens de la révolution islamique, l'organe idéologique et bras armé du régime.
Parmi les clients de Kama figurent le ministère du renseignement et les Gardiens de la révolution, confirmant l'utilisation de cette technologie à des fins de surveillance étatique. Cette révélation souligne la capacité du régime à contourner les sanctions internationales pour se procurer des outils de répression avancés.
Implications pour la vie privée et la sécurité
L'acquisition de FindFace par l'Iran pose des questions cruciales sur la protection de la vie privée et les droits humains. Dans un pays où la répression est fréquente, cette technologie pourrait être utilisée pour traquer les opposants et restreindre les libertés individuelles. L'enquête, menée en collaboration avec The Signals Network, une organisation de soutien aux lanceurs d'alerte, met en lumière les risques associés à la prolifération de tels systèmes de surveillance.
Cette affaire illustre également les défis de la régulation internationale des technologies de surveillance, alors que des entreprises sous sanctions parviennent à exporter leurs produits vers des régimes autoritaires. Les révélations de Forbidden Stories et de ses partenaires contribuent à une meilleure compréhension des réseaux clandestins qui alimentent l'appareil sécuritaire iranien.



