Un ministre hongrois au service de Moscou dans l'Union européenne
Imaginez une réunion des ministres des Affaires étrangères de l'Union européenne : les discussions portent sur les sanctions contre la Russie, la guerre en Ukraine, des sujets classés secret-défense. Pendant la pause, alors que certains participants prennent un café ou passent des appels personnels, le ministre hongrois Peter Szijjarto, lui, téléphone à son homologue russe Sergueï Lavrov pour lui rapporter le contenu des échanges. Et ce n'est pas un incident isolé, mais une pratique régulière.
« Je suis toujours à votre service » : le langage d'un agent
« Je suis toujours à votre service » : c'est par ces mots que le ministre des Affaires étrangères d'un État membre de l'Otan s'adresse à son homologue russe. Selon un haut responsable du renseignement européen, ce lexique est caractéristique d'un contact entre un officier traitant et son agent. Ces révélations proviennent d'enregistrements audio authentifiés de conversations entre Lavrov et Szijjarto, obtenus par un consortium de médias d'investigation et couvrant la période 2023-2025.
Les enregistrements dévoilent également un échange particulièrement révélateur de la relation entre les deux hommes. Le 30 août 2024, seulement une heure après son retour à Budapest depuis Saint-Pétersbourg, Peter Szijjarto reçoit un appel de Lavrov l'informant qu'il est cité dans tous les médias russes suite à sa visite – sa seizième en Russie depuis l'invasion de l'Ukraine en 2022. « Est-ce que j'ai dit quelque chose de mal ? » demande nerveusement le ministre hongrois. « Non, non, non. Ils disent simplement que vous défendez pragmatiquement les intérêts de votre pays », répond Lavrov à un Szijjarto visiblement soulagé.
Le plus grand scandale d'espionnage depuis la guerre froide
Certains analystes qualifient déjà cette affaire du plus grand scandale d'espionnage depuis la guerre froide. « À chaque réunion de l'UE, il y avait Moscou derrière la table », déplore un responsable européen. L'utilité du ministre hongrois pour la Russie s'est particulièrement manifestée dans la levée des sanctions européennes contre plusieurs oligarques. Sur les enregistrements, on entend Szijjarto promettre à Lavrov de faire pression pour que la sœur d'un magnat des mines proche du Kremlin soit retirée des listes de sanctions de l'UE.
Cette situation équivaut à une forme de sous-traitance : Szijjarto n'agit pas comme un ministre des Affaires étrangères mais comme le représentant de Moscou à Bruxelles, financé par les contribuables européens. La réaction du Premier ministre hongrois Viktor Orban a été d'ouvrir une enquête non pas contre son ministre, mais contre le journaliste qui a révélé l'affaire, soupçonné d'espionnage au profit de l'Ukraine. Une situation qualifiée de « Kafka à la sauce stalinienne » par les observateurs.
L'Union européenne face à un défi existentiel
Comment a-t-on pu laisser siéger pendant des années, autour des tables les plus secrètes de l'Europe, un régime qui travaille activement contre elle ? L'Europe a invoqué le principe de souveraineté nationale et la règle de l'unanimité en haussant les épaules, alors que cette même règle permet à un État membre de bloquer seul l'aide à l'Ukraine tout en continuant de percevoir les fonds européens.
Nous avons créé un système où il suffit d'une taupe efficace au sein de la maison Europe pour paralyser vingt-sept pays. L'élargissement de l'Europe s'est fait avec une générosité admirable mais aussi une naïveté délirante, alors que nous savions tous qu'Orban entretenait avec Poutine une relation à la fois idéologique, financière et politique. La Commission européenne s'est contentée de déclarer la situation « extrêmement préoccupante » et d'attendre des éclaircissements de Budapest.
La réalité est pourtant claire : un État autoritaire utilise ses relais à l'intérieur de l'Union européenne pour la déstabiliser et la fragmenter, finançant pour cela des partis, des politiques et des gouvernements entiers. Comment construire une Europe qui ne peut pas être sabotée de l'intérieur ? Qui n'offre pas à ses ennemis un siège, un veto et un accès illimité à ses secrets ? Il ne s'agit plus d'une simple question de réforme, mais bel et bien d'une question de survie pour l'Union européenne.



