Violences sexuelles : le déni et la culpabilisation persistent, selon une sociologue
Violences sexuelles : déni et culpabilisation persistent

Neuf ans après le mouvement #metoo, s'il y a eu des avancées, la persistance du déni et de la culpabilisation des victimes dans l'espace public reste d'actualité selon la sociologue Alice Debauche. Maîtresse de conférences à l'université de Strasbourg et chercheuse associée à l'Institut national d'études démographiques (Ined), elle analyse que les femmes victimes de violences sexuelles restent confrontées à « une remise en cause de leur parole ».

La parole des femmes est-elle entendue en France ?

« Il faut distinguer la prise en compte judiciaire de la parole des femmes victimes de violences sexuelles et sa prise en compte dans les autres espaces, notamment sur les réseaux sociaux », explique Alice Debauche. Dans l'affaire Patrick Bruel, accusé de viols et d'agressions sexuelles par plusieurs femmes, dont l'animatrice télé Flavie Flament, des instructions ont été rouvertes. Cependant, les réactions sur les réseaux sociaux montrent un déni récurrent de la réalité des violences et une remise en cause de la parole des victimes.

« On entend l'idée que les femmes pourraient mentir quand elles mettent en cause des hommes, ainsi que des discours critiquant les attitudes de ces femmes, disant par exemple qu'elles n'avaient qu'à pas se rendre chez tel ou tel agresseur, ou qu'elles auraient dû faire plus attention. Ces deux mécanismes, anciens et classiques, visent à minimiser la réalité des violences sexuelles et la responsabilité des hommes agresseurs. »

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#Metoo avait permis des avancées, assiste-t-on à un backlash ?

Depuis #metoo, la question d'un éventuel retour en arrière se pose. Alice Debauche rappelle que bien avant 2017, un mouvement régulier de prises de parole des femmes existait. Dans les années 1970, les mobilisations féministes ont créé un espace d'ouverture, menant à la loi de 1980 reconnaissant le viol comme un crime. Plus récemment, #metoo a offert un espace d'opportunité pour que les femmes victimes puissent prendre la parole et pour que des mesures améliorent leur prise en charge.

« L'observation sur le temps long montre que ces mouvements d'ouverture sont systématiquement suivis d'une période où les discours critiques de remise en cause et de déni réémergent. Au moment de #metoo, on disait exactement les mêmes choses que ce qu'on a pu lire récemment sur la responsabilité des femmes, le fait qu'elles auraient dû porter plainte plus tôt, ou que c'était pour nuire à certains hommes. »

Quels leviers permettraient de changer la donne ?

Derrière ces discours, Alice Debauche entrevoit une représentation classique selon laquelle la sexualité masculine serait liée à des pulsions, et que des hommes puissants n'auraient pas besoin de recourir aux violences pour avoir accès à la sexualité. Cette représentation invisibilise la dimension de domination et de violence pour n'en faire qu'une question de sexualité.

« Pour faire évoluer ces représentations, c'est exclusivement sur du temps long et par des prises de parole, par une éducation précoce à l'égalité et par l'éducation à la vie affective et sexuelle. La prise de parole publique des victimes de violences sexuelles reste essentielle, elle permet de montrer aux femmes qu'elles ne sont pas seules et qu'elles ne sont pas responsables de ce qui leur est arrivé. »

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