La Ligue tunisienne des droits de l'homme (LTDH), récompensée par le prix Nobel de la paix en 2015, a été suspendue pour une durée d'un mois par la justice tunisienne, a annoncé samedi son président Bassem Trifi. La principale organisation de défense des droits humains en Tunisie a indiqué dans un communiqué avoir été « informée » de cette suspension, qu'elle a qualifiée de « dangereuse et arbitraire », tout en précisant attendre une confirmation officielle.
Une décision contestée
M. Trifi a déclaré que la décision avait été prise par un tribunal de première instance de Tunis et que son association allait faire appel. « Nous nous opposons à cette décision et allons faire appel. Nous continuerons notre combat pour les droits et les libertés », a-t-il précisé. Des accusations similaires ont visé en 2025 d'autres associations qui ont fait l'objet de suspensions temporaires. À l'automne 2025, les autorités tunisiennes ont ordonné la suspension des activités d'au moins 17 ONG pour des durées de plusieurs mois.
Un contexte de recul des libertés
La LTDH faisait partie du Quartet du dialogue national lauréat du prix Nobel de la paix en 2015 pour son rôle dans la transition démocratique du pays. La Tunisie s'est démarquée en tant que démocratie issue du Printemps arabe, mais les organisations de défense des droits ont critiqué le virage autoritaire pris par le pays et le recul des libertés depuis que le président élu Kais Saied s'est octroyé les pleins pouvoirs en 2021. Les autorités ont notamment suspendu les activités du Forum tunisien pour les droits économiques et sociaux et de l'Association tunisienne des femmes démocrates, deux organisations parmi les plus connues du pays. Le bureau tunisien de l'Organisation mondiale contre la torture (OMCT) et les médias indépendants Inkyfada et Nawaat ont également été suspendus.
La question du financement des ONG
La question du financement des ONG est un sujet récurrent du débat public en Tunisie. Le président Saied a accusé les groupes de la société civile de recevoir des fonds suspects, selon lui « des sommes énormes » envoyées de l'étranger. Ces financements, a-t-il affirmé, constituent une « ingérence flagrante » dans les affaires intérieures du pays. La suspension de la LTDH s'inscrit dans un contexte plus large de restrictions imposées à la société civile tunisienne, suscitant l'inquiétude des défenseurs des droits humains et de la communauté internationale.



