Vingt ans après le massacre de 17 employés d'Action contre la Faim (ACF) à Muttur, au Sri Lanka, l'ONG lance un appel pressant à la communauté internationale pour que cessent l'impunité et l'oubli. Le 4 août 2006, des travailleurs humanitaires ont été exécutés alors qu'ils étaient en mission dans cette ville de l'est du pays, en proie à un conflit entre l'armée sri-lankaise et les Tigres tamouls (LTTE).
Un appel à la justice après deux décennies de silence
Dans un communiqué publié ce mardi, Action contre la Faim dénonce l'absence totale de poursuites judiciaires pour ce crime. « Aucun responsable n'a jamais été identifié ni jugé pour la mort de nos collègues », déplore l'organisation. L'ONG demande la création d'une commission d'enquête indépendante et impartiale, sous l'égide de l'ONU, pour faire la lumière sur ces événements et traduire les coupables en justice.
Le drame de Muttur reste l'un des pires exemples d'attaques contre le personnel humanitaire. Les 17 victimes, originaires de plusieurs pays (Inde, France, Italie, Australie, etc.), avaient été tuées dans des circonstances controversées, certains témoignages évoquant des tirs de l'armée sri-lankaise. Une enquête de l'ONU avait conclu en 2007 que des éléments laissaient penser que les forces gouvernementales étaient responsables, mais aucune suite judiciaire n'a été donnée.
Un lourd tribut pour l'aide humanitaire
Action contre la Faim souligne que cet anniversaire est aussi l'occasion de rappeler le danger croissant auquel sont confrontés les travailleurs humanitaires dans le monde. Selon les données de l'ONG, plus de 300 attaques ont été recensées contre des humanitaires en 2025, faisant plus de 150 morts. « La protection des civils et des personnels humanitaires doit être une priorité absolue », insiste l'ONG.
L'organisation appelle également les autorités sri-lankaises à reconnaître leur responsabilité et à entamer un processus de réconciliation. « La vérité et la justice sont des conditions indispensables pour tourner la page du conflit », affirme le communiqué. Vingt ans après, les familles des victimes attendent toujours des réponses, et l'impunité qui entoure ce drame continue de saper la confiance dans les institutions.
Un appel à la solidarité internationale
Action contre la Faim interpelle les gouvernements étrangers, notamment ceux dont les ressortissants figurent parmi les victimes, pour qu'ils fassent pression sur Colombo afin d'obtenir une enquête indépendante. L'ONG rappelle que le Sri Lanka est membre du Conseil des droits de l'homme de l'ONU et qu'il doit respecter ses engagements en matière de justice et de droits humains.
Pour marquer ce vingtième anniversaire, des commémorations sont prévues à Muttur et dans plusieurs capitales, dont Paris et Genève. Une exposition photographique retraçant le travail des humanitaires et les circonstances du drame sera également présentée. « Nous ne laisserons pas tomber la mémoire de nos collègues », promet l'ONG.
L'ONG espère que cet appel sera entendu et que la communauté internationale agira enfin pour briser le cycle de l'impunité. « Il est temps que les responsables répondent de leurs actes », conclut le communiqué.



