Marine, 21 ans, auto-entrepreneuse dans le bien-être et la cosmétique, a participé en juin au séminaire Spartacus organisé à Toulouse par le coach en marketing de réseau Michel Destruel. Elle témoigne de son expérience positive, tandis que Florent Mercadier, président Midi-Pyrénées de l'Association pour la défense des familles et de l'individu victimes de phénomènes sectaires (ADFI), alerte sur les risques d'emprise sectaire.
Une immersion intense et un investissement assumé
Le séminaire Spartacus, présenté sur son site officiel comme « un entraînement intensif conçu pour transformer ton mindset, ta posture, et tes résultats », a réuni plusieurs milliers de participants à Toulouse en juin. Marine décrit « quatre jours d'immersion totale dans une salle avec plus de 3 000 personnes ». Elle raconte : « Tout se passe sur un schéma de bienveillance, d'apprentissage. C'est une ambiance énergétiquement folle, on arrive à 8 h 30 du matin, il y a la musique à fond et on danse tous ».
La jeune femme a déboursé « 1 000 euros » pour s'inscrire, hors logement et repas. Un tarif qu'elle assume pleinement : « C'est un investissement », estime-t-elle, convaincue que les connaissances acquises aux côtés de Michel Destruel lui seront utiles. Selon elle, le séminaire l'a fait grandir : « Quand tu participes à Spartacus, tu ne pars pas sans rien. Tu pars avec des formations, des coachings… »
Des épreuves de dépassement de soi vécues comme un temps fort
Les vidéos de femmes marchant pieds nus sur des braises ou brisant une flèche avec le cou, largement partagées sur les réseaux sociaux, ont suscité moqueries et interrogations. Marine, qui a participé à la marche sur les braises, la voit comme un véritable temps fort : « Je comprends certaines moqueries mais marcher sur la braise, c'est aussi pour dépasser toutes nos barrières, que ça soit psychologique ou physique. Personne n'est obligée de le faire. Mais moi, je me suis sentie grandie, évoluée, et aussi très émue, parce que ça reste quand même très impressionnant. Il y a beaucoup de gens qui pleurent, qui sont émus… Et moi aussi, j'avais les larmes aux yeux. »
Interrogée sur les comparaisons avec le film « Gourou », avec Pierre Niney, Marine assure : « Ça n'a absolument rien à voir avec le séminaire, on n'est obligé de rien, on ne nous insulte pas. Michel Destruel n'est pas du tout un gourou, c'est une personne normale qui a juste envie de nous inculquer ce qu'il a pu apprendre pendant toutes ces années de marketing relationnel. »
Un spécialiste des dérives sectaires alerte sur les risques d'emprise
Florent Mercadier, président Midi-Pyrénées de l'ADFI, estime qu'il existe dans ce type de séminaire « une injonction à agir ». Il explique : « C'est pour ça que vous avez payé et que vous êtes là depuis trois jours. En valorisant à ce point la pratique et en disant à tous les participants qu'ils vont y arriver, le fait de passer l'épreuve devient quasiment indispensable. C'est vendu comme la “preuve” que la méthode vendue par le coach fonctionne. » Il ajoute : « Ces processus qui sont totalement dénoncés dans le cadre du bizutage étudiant ne le sont pas dans le cadre du coaching, c'est très étonnant. »
Pour ce spécialiste, « ce rite initiatique contient des éléments qui peuvent s'apparenter à des phénomènes d'emprise, avec une survalorisation du coach et une hystérisation de la pratique ». Il souligne également que si les personnes qui surmontent l'épreuve la glorifient souvent, « cela peut être beaucoup plus dur pour ceux qui échouent, c'est souvent très mal vécu, comme une humiliation publique, et l'impact sur l'estime de soi est important ».
Plusieurs signalements mais aucune plainte connue
Interrogé sur l'ampleur que prend la formation Spartacus, Florent Mercadier répond : « Il y a plusieurs signes qui nous alertent. Une injonction à la prise de risque, à la bonne humeur, à la réussite. Quelqu'un qui prétend en quatre jours être capable d'évaluer l'impact psychologique d'un tel exercice sur le long terme vous ment, ou se ment à lui-même. Penser être capable de vous cerner et d'être sûr que vous allez bien vivre ça, est une preuve d'incompétence ou de malhonnêteté. »
L'ADFI indique avoir reçu plusieurs signalements concernant les pratiques de Michel Destruel, mais aucune plainte judiciaire n'a été portée à sa connaissance. Contacté, le coach n'a pas donné suite aux sollicitations de Midi Libre.
Florent Mercadier rappelle que « personne ne rentre dans une secte en se disant “tiens si je me faisais dépouiller de mon argent, de mes amis, et je perdais toute confiance en moi” ». Il explique que cela commence par une retraite, un séminaire ou une formation, qui sont « la porte d'entrée pour la suite ». Selon lui, « une minorité des participants va ensuite dériver dans des choses beaucoup plus inquiétantes », et les pratiques les plus graves se feront à l'abri des regards, lors de sessions ultérieures. Ces sessions ne sont souvent qu'« un produit d'appel » : « C'est l'occasion de flatter le participant, de lui rappeler à quel point il est exceptionnel et de repérer celles et ceux qui seront de “bons clients” pour les étapes suivantes. »
Le spécialiste précise qu'une phase de dénigrement peut ensuite accentuer l'emprise, durant laquelle l'adepte va chercher à se racheter auprès du gourou, sans forcément pouvoir y parvenir.



