Sexisme dans le foot : les femmes sans cesse remises en question
Sexisme dans le foot : les femmes sans cesse remises en question

Rafael Leão et Nuno Tavares, internationaux portugais suivis par des millions de personnes, ont publié en story Instagram : « C’est bon les filles, la Coupe du monde est terminée. Vous pouvez arrêter de faire semblant de comprendre le football ». Face aux critiques, Leão a supprimé sa publication mais a invoqué l’humour, sans s’excuser. Cette « blague » illustre le sexisme persistant que subissent les femmes passionnées de football.

Le test de légitimité permanent

Sur TikTok, Marie (@mariendn), supportrice du PSG, voit constamment ses connaissances remises en question malgré sa passion. « Je parle du PSG matin, midi et soir, et les mecs me disent encore : "Cite-moi cinq joueurs du PSG" », témoigne-t-elle. Moona Samassa, créatrice du compte « Ta girly coach », a lancé des vidéos pédagogiques sur les règles du football une semaine avant la Coupe du monde. Le succès a été immédiat : près de 10 000 abonnés en deux jours. Mais dès que ses vidéos ont dépassé leur public initial, les commentaires sexistes ont envahi ses publications. « Donne-moi une phrase pour prouver que tu t’y connais en foot », lui demande-t-on en direct, alors qu’elle analyse une composition d’équipe. « Ces petits tests qu’ils font passer aux filles, ils ne les feraient jamais passer à un homme », tranche-t-elle.

Un sexisme récurrent sur les réseaux

Marie a dû filtrer les messages « Parle de cuisine », « parle de maquillage » sous ses vidéos. Elle subit ces attaques depuis ses débuts, bien avant d’avoir une forte visibilité. Moona avait d’abord créé un espace presque exclusivement féminin et bienveillant. Puis une vidéo a percé. En quelques heures, les insultes et les menaces sont apparues. « Tu regardes les commentaires, tout est sympa. Tu reviens une heure après et c’est un flot d’insultes : "Tu n’y connais rien", "tu n’es qu’une conne" », raconte-t-elle. Le terme « footix », qui désignait à l’origine les supporteurs occasionnels, prend une dimension sexiste et vise très souvent les femmes. Ironie du sort, les supportrices sont poussées à accumuler davantage de connaissances pour anticiper les attaques, tandis qu’« on laisse les hommes donner des avis catastrophiques sur le foot » sans jamais contester leur légitimité, selon Marie.

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Le football comme chasse gardée masculine

Pour Moona, cette hostilité s’explique par un sentiment de propriété. « Ils ont l’impression que cela leur est réservé, que c’est leur espace et ils n’ont pas envie que l’on puisse s’y immiscer », analyse-t-elle. L’imaginaire très masculin de la soirée foot – bières, pizzas, amis –, mais aussi le stade et le bar conçus comme des territoires entre hommes, participent à cette exclusion. Décrédibiliser les femmes permettrait de « garder la main » sur cet espace. Marie y voit une question d’ego : « Ils doivent se dire : "C’est un truc pour nous, c’est là-dedans qu’on est meilleurs que vous" », ajoute-t-elle.

Un déséquilibre criant dans les médias

Cette exclusion ne se limite pas aux réseaux sociaux. Pour couvrir la Coupe du monde, les rédactions françaises ont envoyé 150 journalistes, dont seulement dix femmes. En presse écrite, elles n’étaient que deux sur 80 accréditations. Marie Thimonnier, dans un récit publié par Libération, raconte être l’une des rares femmes présentes : bousculée dans les zones mixtes, toisée par certains confrères ou incluse dans des groupes auxquels on s’adresse par un automatique « les gars ». La reportrice argentine Agustina Colobraro confie : « Un jour, un mec m’a lancé en arrivant en zone mixte : "Bouge, je travaille". J’étais choquée. » Marie Portolano avait dénoncé ce déséquilibre avant même le début de la compétition, expliquant avoir reçu les témoignages de nombreuses journalistes ayant candidaté sans être retenues : « Les femmes avaient envie d’y aller ». Elles ne sont simplement pas choisies pour couvrir les événements les plus prestigieux.

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Résister par l’humour et l’organisation

Face au dénigrement, certaines femmes répondent par l’humour. Sur TikTok, la tendance « Il me dit que je n’y connais rien au foot alors que… » tourne en dérision les examens de légitimité imposés par les hommes. D’autres caricaturent la supportrice prétendument ignorante en criant : « Allez les garçons, allez le foot ! » Après le succès de son compte, Moona lance le « FC Girly Footix » pour organiser des sorties au stade en petits groupes. « On aime le foot, on est légitimes à en parler sur les réseaux et dans la vie. On est aussi légitimes à vivre les émotions du stade », résume-t-elle. Rendez-vous dans quatre ans pour constater si les femmes ont enfin réussi à faire entrer leur légitimité sur le terrain de foot.