À Annonay, en Ardèche, la communauté cambodgienne, l'une des plus importantes de France, s'attelle à un devoir de mémoire douloureux. Cinquante ans après le génocide perpétré par les Khmers rouges (1975-1979), les blessures sont encore vives. « Certaines blessures n'ont pas été refermées », confie Sopheak, 52 ans, dont la famille a fui le régime de Pol Pot.
Un exil marqué par le silence
Arrivés dans les années 1980, les réfugiés cambodgiens d'Annonay ont longtemps gardé le silence sur leur passé. « On ne parlait pas de ce qu'on avait vécu, même entre nous », explique Kimly, 60 ans, rescapée du génocide. Selon une étude locale, environ 1 500 Cambodgiens vivent aujourd'hui dans cette ville de 17 000 habitants, soit près de 9 % de la population. Pourtant, la transmission aux jeunes générations reste difficile.
Un travail de mémoire collectif
Depuis 2023, l'association « Mémoire et Partage » organise des ateliers d'écriture et des témoignages publics. « Il faut que nos enfants sachent d'où ils viennent », insiste Meas, président de l'association. Un mémorial devrait être inauguré en 2027 dans le parc municipal. Le projet, soutenu par la mairie, a reçu une subvention de 50 000 euros de la région Auvergne-Rhône-Alpes.
Des traumatismes intergénérationnels
Les psychologues locaux constatent un impact sur la santé mentale. « Les enfants de réfugiés souffrent de stress post-traumatique indirect », note le docteur Lefèvre, spécialiste en psychiatrie transculturelle à l'hôpital d'Annonay. Un groupe de parole, animé par des bénévoles formés, réunit une vingtaine de personnes chaque mois.
Un passé qui ressurgit
L'actualité récente, avec la visite au Cambodge du président français en 2025, a ravivé les souvenirs. « Voir les images des temples d'Angkor à la télé, ça m'a rappelé mon enfance là-bas, avant la guerre », témoigne Srey, 45 ans. La communauté espère que ce travail de mémoire permettra une véritable réconciliation.



