Une tribune publiée dans Libération le 23 juillet 2026 met en garde contre les risques de discriminations liés au renforcement du rôle des maires dans l'attribution des logements sociaux. Signée par plusieurs associations et chercheurs, elle dénonce une proposition de loi qui donnerait aux maires un pouvoir discrétionnaire accru, au détriment des critères objectifs et de la mixité sociale.
Un risque de discriminations accru
Selon les signataires, confier davantage de pouvoir aux maires dans l'attribution des logements sociaux pourrait exacerber les inégalités existantes. Ils soulignent que les maires sont souvent soumis à des pressions locales et peuvent favoriser certains profils au détriment d'autres, notamment les personnes issues de l'immigration ou les ménages précaires. La tribune cite une étude de l'Observatoire des inégalités montrant que les demandeurs d'origine étrangère ont 30 % de chances en moins d'obtenir un logement social dans les communes où le maire a un pouvoir d'attribution renforcé.
Un dispositif déjà existant mais critiqué
Actuellement, les maires disposent déjà d'une part des attributions via les réservations de logements. Mais la proposition de loi viserait à étendre ce pouvoir jusqu'à 50 % des attributions dans certaines communes. Les signataires estiment que cela irait à l'encontre des principes de non-discrimination et de transparence, et qu'il existe un risque de clientélisme politique. Ils rappellent que la loi SRU (Solidarité et Renouvellement Urbain) impose un quota de 20 % de logements sociaux dans les communes, mais que son application est déjà inégale.
Des critiques unanimes de la part des associations
La Fondation Abbé Pierre, la Ligue des droits de l'Homme et le Haut Conseil à l'égalité entre les femmes et les hommes figurent parmi les signataires. Dans la tribune, ils déclarent : « Donner plus de pouvoir aux maires, c'est ouvrir la porte à des décisions arbitraires qui pénaliseront les plus vulnérables. Nous appelons les parlementaires à rejeter cette proposition. »
Un impact sur la mixité sociale
Les auteurs de la tribune mettent en avant que la mixité sociale est déjà menacée par les politiques locales. En 2025, 60 % des logements sociaux étaient concentrés dans les quartiers prioritaires, selon le ministère de la Cohésion des territoires. Un renforcement du pouvoir des maires risquerait d'accentuer cette ségrégation territoriale, en permettant aux élus de réserver les logements à des catégories spécifiques.
Des alternatives proposées
Pour lutter contre les discriminations, les signataires préconisent de renforcer les commissions d'attribution pluralistes, d'améliorer la transparence des procédures et de mettre en place des outils de contrôle indépendants. Ils suggèrent également de mieux former les agents chargés des attributions aux enjeux de non-discrimination. En conclusion, ils estiment que la priorité doit être donnée à l'augmentation de l'offre de logements sociaux plutôt qu'à un renforcement des pouvoirs locaux.



