En Haïti, la communauté queer est confrontée à une mise au ban systémique, selon un rapport des Nations unies publié en juin 2023. Le document, intitulé « La situation des droits humains en Haïti », met en lumière les violences et discriminations persistantes subies par les personnes LGBTQ+ dans le pays. L'ONU rapporte que 87 % des personnes interrogées ont été victimes d'au moins une forme de violence en raison de leur orientation sexuelle ou de leur identité de genre.
Une violence omniprésente
Le rapport souligne que les agressions physiques, les viols et les menaces de mort sont courants. « Les personnes queer sont prises pour cible à la fois par les gangs criminels et par la population générale », explique Louis-Henri Mars, directeur de l'organisation locale Kourèj. Les gangs, qui contrôlent de larges pans de la capitale Port-au-Prince, imposent des « codes de conduite » discriminatoires. Selon le rapport, 62 % des actes de violence sont commis par des membres de gangs.
Les personnes LGBTQ+ sont également exclues des services de base. « Lorsqu'elles tentent de se faire soigner après une agression, elles sont souvent refusées dans les hôpitaux », déclare Mars. L'accès au logement et à l'emploi est également entravé. Le rapport indique que 45 % des personnes queer interrogées ont perdu leur emploi après avoir révélé leur orientation sexuelle.
Une absence de protection juridique
Haïti ne dispose d'aucune loi protégeant les droits des personnes LGBTQ+. Les relations homosexuelles ne sont pas criminalisées, mais la discrimination n'est pas interdite. « Le système judiciaire est défaillant : les plaintes pour violences homophobes sont rarement instruites », note le rapport. En 2021, seules 3 plaintes sur 120 ont abouti à une condamnation.
La situation s'est aggravée depuis l'assassinat du président Jovenel Moïse en 2021, qui a plongé le pays dans le chaos. Les gangs ont étendu leur contrôle, ciblant particulièrement les communautés marginalisées. « Les personnes queer sont devenues des boucs émissaires », affirme Mars. Le rapport appelle les autorités haïtiennes à adopter une législation inclusive et à protéger les défenseurs des droits humains.
Des conséquences psychologiques dévastatrices
La discrimination systémique a des répercussions graves sur la santé mentale. Selon l'ONU, 70 % des personnes queer présentent des symptômes de dépression sévère, et 28 % ont tenté de se suicider. Les rares refuges LGBTQ+ sont débordés. « Nous recevons des appels de détresse chaque jour, mais nous manquons de ressources », confie une bénévole de l'association Ayiti Queer.
Le rapport conclut que la communauté queer haïtienne vit dans une « peur constante », et que l'inaction de l'État équivaut à une « complicité dans la violence ». Il recommande la mise en place de programmes de sensibilisation et le soutien aux organisations locales.



