Le décompte des journalistes tués à Gaza, régulièrement cité par les organisations de défense de la presse, est en partie faussé par les nécrologies de combattants publiées par le Hamas. Une enquête menée par le site d'information Libération révèle que certains hommages funèbres, présentés comme ceux de journalistes, concernent en réalité des membres des brigades Ezzedine al-Qassam, la branche armée du mouvement islamiste.
Des hommages funèbres qui prêtent à confusion
Depuis le début de la guerre, le Hamas publie régulièrement des nécrologies de ses combattants. Or, certaines de ces notices, reprises par des médias et des ONG, ont été comptabilisées comme des décès de journalistes. Libération a identifié plusieurs cas où des personnes honorées comme « martyrs » par le Hamas étaient également inscrites sur les listes de journalistes tués, alors qu'elles n'avaient jamais exercé cette profession.
L'enquête s'appuie sur des recoupements entre les publications officielles du Hamas, les bases de données des syndicats de presse locaux et les témoignages de confrères gazaouis. Elle pointe notamment des cas où les nécrologies mentionnent explicitement l'appartenance des défunts aux brigades al-Qassam, tout en étant accompagnées de titres de presse dans les listes officielles.
Un impact direct sur les statistiques
Ce phénomène a un impact direct sur les chiffres. Selon le Comité pour la protection des journalistes (CPJ), au moins 113 journalistes ont été tués à Gaza depuis octobre 2023. Mais ce chiffre, régulièrement cité par les Nations unies et les ONG, pourrait être surestimé. Libération a ainsi recensé au moins cinq cas où des personnes présentées comme journalistes par le Hamas étaient en réalité des combattants.
« Il y a une volonté délibérée de gonfler les pertes civiles et de victimiser la profession journalistique », explique un expert en communication basé à Ramallah, interrogé par Libération. « Le Hamas utilise ces nécrologies pour entretenir une image de martyre, et certaines organisations internationales reprennent ces informations sans vérification. »
Des vérifications difficiles sur le terrain
La vérification des informations en zone de guerre est particulièrement ardue. Les journalistes palestiniens, soumis à des pressions constantes, sont parfois réticents à contester les récits officiels. De plus, l'accès à Gaza est limité pour les médias étrangers, ce qui rend difficile toute enquête indépendante.
« Nous appelons à une plus grande rigueur dans la collecte des données », ajoute le même expert. « Chaque décès doit être documenté avec précision, et les organisations doivent croiser les sources avant de publier des chiffres. »
Cette enquête intervient alors que le conflit a fait plus de 40 000 morts à Gaza, selon le ministère de la Santé local, dirigé par le Hamas. Les journalistes sont particulièrement exposés, mais la distinction entre civils et combattants reste floue dans les statistiques officielles.
Des conséquences pour la couverture médiatique
Cette confusion pourrait avoir des conséquences sur la couverture médiatique du conflit. En effet, les chiffres publiés par les ONG influencent les réactions internationales et les décisions politiques. Une surestimation des pertes journalistiques pourrait renforcer la pression sur Israël, tout en occultant le rôle du Hamas dans la mort de civils.
« Il est essentiel de distinguer les faits de la propagande », conclut l'expert. « Les journalistes doivent faire preuve de transparence sur leurs sources et les organisations doivent publier des données vérifiées. »
L'enquête de Libération souligne la nécessité d'une vigilance accrue dans le traitement des informations en provenance de zones de conflit, où la vérité est souvent la première victime.



