L'agence européenne de garde-frontières et de garde-côtes, Frontex, continue ses opérations en Grèce malgré des preuves documentées de graves violations des droits des migrants. Selon un rapport interne divulgué par le média d'investigation Lighthouse Reports, Frontex a été informée à plusieurs reprises de refoulements illégaux et de violences commises par les garde-côtes grecs, mais n'a pas suspendu ses activités.
Des preuves accablantes ignorées
Le rapport, daté de mars 2026, détaille au moins 15 incidents entre 2023 et 2025 où des migrants ont été refoulés vers la Turquie sans procédure légale, parfois après avoir été dépossédés de leurs effets personnels et laissés à la dérive. Dans plusieurs cas, des embarcations de Frontex étaient présentes à proximité sans intervenir. Selon les auteurs du rapport, ces actions constituent des violations de la Convention européenne des droits de l'homme et du droit international maritime.
Un porte-parole de Frontex a déclaré : « Nous prenons ces allégations très au sérieux et avons renforcé nos mécanismes de contrôle. Cependant, la présence de Frontex est essentielle pour sauver des vies en mer Égée. » En 2025, Frontex a participé au sauvetage de plus de 10 000 migrants, mais les critiques estiment que ces chiffres ne justifient pas la complicité dans des refoulements.
Un mandat contesté
La mission de Frontex en Grèce est régie par un accord avec les autorités grecques, qui conservent le commandement opérationnel. Cette situation crée un conflit d'intérêts, car Frontex doit à la fois assister la Grèce et superviser le respect des droits. Des ONG comme Amnesty International et Human Rights Watch appellent à une suspension des opérations jusqu'à ce que des enquêtes indépendantes soient menées.
Le rapport interne révèle également que des agents de Frontex ont exprimé des inquiétudes quant à leur rôle, certains estimant qu'ils sont « témoins impuissants de violations systématiques ». En 2024, une enquête du Parlement européen avait déjà critiqué le manque de transparence de l'agence.
Réactions politiques
La Commission européenne a réaffirmé son soutien à Frontex, tout en appelant à des réformes. « Nous ne pouvons pas tolérer des violations des droits fondamentaux, mais nous devons aussi protéger les frontières extérieures de l'UE », a déclaré une porte-parole. De son côté, le gouvernement grec a nié tout refoulement illégal, affirmant que ses opérations respectent le droit international.
En Grèce, la situation des migrants reste précaire. Selon le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), plus de 50 000 migrants se trouvent dans des camps surpeuplés dans les îles de la mer Égée, en attendant le traitement de leur demande d'asile.



