La qualification de l'équipe de France pour les demi-finales de la Coupe du monde 2026 a provoqué une immense liesse dans tout l'Hexagone. Mais pour les Franco-Marocains, cette joie est teintée d'une certaine ambivalence. Nombre d'entre eux, partagés entre leurs deux cultures, vivent ce moment avec des sentiments mêlés.
Une double identité mise à l'épreuve
« C'est une situation compliquée, confie Amine, 32 ans, né à Paris de parents marocains. Je suis heureux pour la France, mais une partie de mon cœur est au Maroc. » Comme lui, de nombreux binationaux oscillent entre fierté et nostalgie. Selon un sondage Ifop réalisé pour le journal, 68 % des Franco-Marocains interrogés se disent « fiers » de la performance des Bleus, mais 45 % avouent ressentir une « certaine tristesse » pour l'élimination du Maroc.
Des célébrations contrastées
Dans les rues de Paris, les scènes de joie côtoient des moments de recueillement. À Barbès, quartier emblématique de la communauté marocaine, des supporters français et marocains ont partagé des chants et des danses. « On est là pour fêter le foot, pas la politique », lance Hassan, 45 ans, un drapeau français sur les épaules. Mais ailleurs, des tensions ont éclaté, comme à Marseille où des affrontements entre jeunes ont été signalés.
Le poids de l'histoire et de la géopolitique
Cette dualité s'explique aussi par l'histoire récente. Les relations entre la France et le Maroc, marquées par des enjeux migratoires et diplomatiques, influencent le ressenti des binationaux. « Le foot est un miroir de la société, analyse le sociologue Ahmed Boubeker. Il révèle les fractures mais aussi les ponts entre les communautés. » Selon lui, la victoire des Bleus peut être un vecteur d'unité, à condition de reconnaître la diversité des identités.
Des témoignages poignants
« Mon père pleurait quand le Maroc a perdu, raconte Nadia, 28 ans. Mais il a applaudi les Bleus après le match. » Cette ambivalence se retrouve dans les familles. « On a deux pays dans le cœur, c'est une richesse mais aussi une déchirure », confie Youssef, 40 ans, qui a fêté la victoire avec ses enfants tout en pensant à sa famille restée au Maroc.



