Dérives sectaires : hausse des signalements dans le Var
Dérives sectaires : hausse des signalements dans le Var

Les signalements de dérives sectaires sont en forte hausse dans le Var et les Alpes-Maritimes. L'Adfi Var, association de lutte contre ces phénomènes, a déjà enregistré une quarantaine de signalements en 2026, contre des premiers signalements en juin l'année précédente. Janou Pichon, présidente de l'association, insiste : « Tout le monde peut se faire piéger, quel que soit son niveau social. Les victimes ne sont pas des gens bêtes, des personnes naïves. »

Une hausse précoce des signalements

En 2026, les premiers signalements sont arrivés dès le mois de janvier, contre juin en 2025. Cette précocité inquiète l'Adfi Var, qui constate une augmentation globale des cas. L'association, qui couvre le Var et les Alpes-Maritimes, joue un rôle crucial d'écoute, de conseil et d'orientation pour les victimes et leurs proches.

L'actualité récente illustre cette tendance. En avril, à Bellaffaire dans les Alpes-de-Haute-Provence, un groupe soupçonné d'emprise psychologique a été démantelé. Le couple à la tête du mouvement « Lève-toi » a été placé en détention provisoire. Les enquêteurs ont saisi 920 000 euros, avec des flux financiers « significatifs » alimentés par des dons, répartis sur plusieurs comptes et investis dans l'immobilier en France, en Belgique, en Suisse et en Israël. Le groupe communiquait via une chaîne YouTube, dépassant largement le cadre régional.

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Les réseaux sociaux, principal vecteur de recrutement

Janou Pichon souligne que « dans l'écrasante majorité des cas, quel que soit le mouvement, c'est via les réseaux sociaux que le recrutement a lieu ». Les jeunes sont particulièrement ciblés, dès 12 ans sur les forums de jeux vidéo, mais TikTok est le plus cité. L'association mène des actions de prévention dans les écoles, car « c'est l'âge où on cherche un idéal, un groupe d'amis », et où les convictions peuvent mener à des comportements radicaux.

Le masculinisme est une nouvelle dérive préoccupante. Janou Pichon rapporte l'appel d'une mère dont le fils de 19 ans avait été séduit par un « coach sportif » promettant de devenir un « homme alpha », incluant la domination des femmes et la violence. En juillet 2025, un lycéen de 18 ans a été arrêté près de Saint-Étienne pour un projet d'attentat « incel » visant des femmes. Ces gourous 2.0 opèrent dans le développement personnel, le coaching, le bien-être, la santé et la religion, promettant « un monde merveilleux où l'on peut être heureux ». Dans un contexte d'angoisse mondiale, « la pensée magique revient en force », note la présidente.

Des mécanismes d'emprise variés

Le 11 juillet 2026, une « cérémonie chamanique » à Toudon a été interrompue par les gendarmes. Quatorze personnes consommaient ou s'apprêtaient à consommer des substances interdites : cactus peyotl, champignons hallucinogènes, sauge divinatoire. Les trois organisateurs, qui contestent les faits, ont été mis en examen pour trafic de stupéfiants, abus de sujétion psychologique, exercice illégal de la médecine et blanchiment. Ils ont été placés sous contrôle judiciaire. L'enquête s'intéresse à 120 000 euros récoltés en espèces lors des cérémonies.

L'Adfi Var s'inquiète aussi de la diffusion des théories complotistes. « Elles expliquent qu'il existe des forces obscures qui manipulent le monde ou encore considèrent que l'État est une entreprise privée », énumère Janou Pichon. Ces récits enferment progressivement les adeptes dans une vision unique du monde, créant une emprise mentale, « le nœud de l'affaire ».

Des discours pseudoscientifiques

Dans le domaine de la santé, les dérives utilisent un vocabulaire pseudoscientifique : « quantique », « mémoires transgénérationnelles », exploration des états de conscience modifiés, reprogrammation du subconscient. Janou Pichon met en garde : « Ce qui doit vous alerter c'est ce type de jargon où l'on ne comprend pas grand-chose. » Si certaines pratiques de bien-être sont sans danger, l'Adfi Var appelle à la vigilance lorsque des praticiens prétendent remplacer les traitements médicaux ou dictent tous les aspects de la vie.

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Les signes d'alerte et les conseils aux proches

Les signes d'emprise incluent une triple rupture : avec soi-même, avec son entourage et avec la société. Changement brutal de comportement, isolement, abandon d'activités, dépenses importantes pour des stages ou formations doivent alerter. Les proches jouent un rôle essentiel : « Il ne faut surtout pas chercher à convaincre frontalement une personne sous emprise. Il faut maintenir le dialogue, garder le contact, lui montrer qu'on est toujours là », conseille Janou Pichon. Elle recommande de se renseigner sur le groupe et de contacter rapidement une structure spécialisée.

L'Adfi Var précise qu'elle respecte toutes les croyances, son combat commençant lorsque des personnes sont victimes de dérives sectaires. Pour contacter l'association : adfivar@protonmail.com et 06.02.19.57.76. Des ressources sont disponibles sur www.miviludes.interieur.gouv.fr.