Afrique du Sud hantée par les assassinats politiques
Assassinats politiques en Afrique du Sud : une menace croissante

Depuis 2020, plus de 100 assassinats politiques ont été recensés en Afrique du Sud, un chiffre alarmant qui révèle une violence croissante à l'approche des élections générales de 2024. Selon un rapport de l'Observatoire des assassinats politiques sud-africain (PAMO), ces meurtres ciblent principalement des candidats locaux, des conseillers municipaux et des militants de base, souvent dans des régions rurales ou des townships.

Une violence qui monte en intensité

L'ONG PAMO, citée par le journal Mail & Guardian, indique que 2022 a été l'année la plus meurtrière avec 42 assassinats recensés, contre 28 en 2021 et 35 en 2020. La province du KwaZulu-Natal est la plus touchée, avec près de la moitié des cas. Les victimes sont majoritairement membres de l'ANC au pouvoir, mais aussi de l'opposition, notamment de l'Alliance démocratique (DA) et des Combattants pour la liberté économique (EFF).

« Si tu réalises que tu risques de ne pas être élu, tu tues », a déclaré un analyste politique de l'université de Johannesburg, résumant la logique mortifère qui gangrène la vie politique locale. Cette phrase choc illustre la banalisation de la violence comme outil électoral.

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Des causes multiples

Les experts pointent plusieurs facteurs : la compétition pour l'accès aux ressources publiques, la faiblesse de l'État de droit, l'impunité quasi totale des auteurs, et la culture de la violence héritée de l'apartheid. Les assassinats sont souvent liés à des conflits fonciers, des luttes pour des contrats municipaux ou des rivalités factionnelles au sein des partis.

« Nous assistons à une militarisation de la politique locale », affirme un chercheur de l'Institut d'études de sécurité (ISS). « Les candidats se déplacent avec des gardes du corps, et les meetings sont devenus des cibles potentielles. »

Des conséquences démocratiques

Cette vague de meurtres a un impact direct sur la démocratie sud-africaine. De nombreux candidats potentiels renoncent à se présenter par peur, ce qui réduit le pluralisme politique. Les électeurs sont également intimidés, ce qui fausse les résultats électoraux. La Commission électorale indépendante (IEC) a reconnu que la violence politique est une menace sérieuse pour la crédibilité des scrutins.

« Nous devons briser ce cycle de violence avant qu'il ne devienne incontrôlable », a plaidé un porte-parole de l'IEC lors d'une conférence de presse en juin 2023. L'ONG PAMO réclame une task force nationale spécialisée dans les assassinats politiques, dotée de moyens suffisants pour enquêter et poursuivre les coupables.

Un phénomène sous-estimé

Malgré l'ampleur du phénomène, les autorités peinent à endiguer la violence. Le ministre de la Police, Bheki Cele, a reconnu que « les assassinats politiques sont un problème grave », mais les arrestations restent rares. Selon PAMO, moins de 10 % des meurtres aboutissent à des condamnations. Cette impunité alimente un sentiment d'injustice et encourage de nouveaux passages à l'acte.

À moins de deux ans des élections générales, la société civile appelle à une prise de conscience collective. « Chaque meurtre politique est une attaque contre la démocratie », a déclaré un activiste des droits humains. « Nous ne pouvons pas laisser les armes décider de nos dirigeants. »

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