Dans un rapport publié le 20 août 2026, Amnesty International dénonce les centres de détention pour migrants installés par l'Italie en Albanie, estimant qu'ils favorisent des atteintes graves à l'état de droit et aux droits fondamentaux. L'organisation basée à Londres pointe un système qui contourne les procédures légales européennes et nationales.
Un système de rétention hors du cadre légal européen
Selon le rapport d'Amnesty International, les deux centres ouverts en Albanie, situés dans les ports de Shëngjin et de Gjadër, fonctionnent en dehors des garanties juridiques prévues par le droit de l'Union européenne et la Constitution italienne. L'organisation explique que les migrants y sont détenus sans accès effectif à un avocat ni à une procédure d'asile transparente.
Le rapport précise que ces installations, inaugurées en 2024 dans le cadre d'un accord entre Rome et Tirana, permettent à l'Italie de transférer des migrants secourus en mer Méditerranée vers le territoire albanais pour y examiner leurs demandes d'asile. Amnesty International estime que ce mécanisme crée une zone grise juridique où les droits des personnes sont systématiquement bafoués. L'organisation a recueilli des témoignages de détenus affirmant ne pas avoir été informés des motifs de leur rétention ni des voies de recours possibles.
Des violations systématiques des droits humains
Le document d'Amnesty International détaille plusieurs types de violations constatées sur place. Les conditions de détention sont jugées préoccupantes, avec un accès limité aux soins médicaux et à une alimentation adaptée. Les migrants, y compris des familles avec enfants, sont maintenus dans des locaux fermés pendant des durées pouvant atteindre plusieurs semaines, sans possibilité de contacter l'extérieur.
L'organisation affirme également que les procédures de filtrage des demandeurs d'asile sont opaques et que les décisions de renvoi vers l'Italie ou de maintien en rétention sont prises sans véritable examen individuel des situations. Selon Amnesty International, des personnes vulnérables, comme des victimes de torture ou de traite, n'ont pas été identifiées comme telles et ont été traitées de manière inappropriée.
Le rapport souligne que cet accord bilatéral entre l'Italie et l'Albanie, présenté comme un modèle de gestion des flux migratoires, affaiblit en réalité les principes fondamentaux de l'état de droit. « En externalisant le traitement des demandes d'asile vers un pays tiers, l'Italie se soustrait à ses obligations internationales et européennes », déclare Riccardo Noury, porte-parole d'Amnesty International Italie, cité dans le rapport.
Des conséquences sur les relations bilatérales et européennes
Le gouvernement italien, dirigé par Giorgia Meloni, défend cet accord comme un outil innovant pour lutter contre l'immigration irrégulière et réduire la pression sur ses propres centres d'accueil. Rome a investi plusieurs centaines de millions d'euros dans la construction et le fonctionnement des deux sites albanais, qui peuvent accueillir jusqu'à 3 000 personnes au total.
De son côté, le gouvernement albanais du Premier ministre Edi Rama perçoit cet arrangement comme une opportunité de coopération avec l'Union européenne. Cependant, Amnesty International estime que Tirana se rend complice de violations des droits humains en acceptant d'héberger ces centres sur son sol.
La Commission européenne, interrogée par Le Monde, n'a pas encore officiellement réagi à ce rapport. Toutefois, des sources diplomatiques indiquent que Bruxelles suit de près la situation, plusieurs États membres s'inquiétant des précédents juridiques que pourrait créer ce modèle d'externalisation. Le rapport d'Amnesty International appelle les autorités italiennes et albanaises à fermer ces centres et à garantir que toutes les procédures d'asile soient traitées sur le territoire italien, conformément au droit européen.



