Le tribunal criminel d'Alger a condamné, mercredi 3 décembre, le journaliste français Christophe Gleizes à sept ans de prison ferme. Reconnu coupable d'« espionnage », il a également été frappé d'une amende de 500 000 dinars (environ 3 400 euros). Cette décision intervient après un procès à huis clos qui a duré à peine deux jours.
Une peine lourde pour un simple visa de touriste
Christophe Gleizes, collaborateur de la chaîne française LCI, avait été arrêté le 9 novembre dernier à Alger. En tant que correspondant, il était entré en Algérie muni d'un visa touristique, ce qui est courant pour les journalistes dans ce pays. Mais les autorités algériennes l'ont accusé d'avoir collecté des informations sensibles sur la sécurité du pays, en particulier dans le sud, où il s'était rendu avant son interpellation.
Son avocat, Me Khaled Mourad, a dénoncé une « parodie de justice » et a annoncé son intention de faire appel. « Aucune preuve tangible n'a été présentée. C'est une décision politique qui vise à intimider les journalistes indépendants », a-t-il déclaré à l'issue du verdict.
La France dénonce une décision « injustifiée »
Le ministère français des Affaires étrangères a immédiatement réagi, qualifiant la condamnation d'« injustifiée ». Dans un communiqué, le Quai d'Orsay a demandé la libération immédiate du journaliste et a convoqué l'ambassadeur d'Algérie à Paris. Cette affaire risque de raviver les tensions diplomatiques entre les deux pays, déjà fragilisées par des différends sur la mémoire coloniale et la coopération sécuritaire.
Christophe Gleizes, 56 ans, est connu pour ses reportages sur le Maghreb et le Sahel. Il avait déjà été expulsé d'Algérie en 2021 après avoir réalisé un documentaire sur le mouvement Hirak. Cette nouvelle condamnation intervient dans un contexte de répression accrue contre la presse en Algérie, où plusieurs médias ont été suspendus ou poursuivis ces derniers mois.
Une mobilisation internationale en faveur du journaliste
Reporters sans frontières (RSF) a dénoncé une « sentence disproportionnée » et appelle à une pression internationale. L'organisation a rappelé que la liberté de la presse est « gravement menacée » en Algérie, qui occupe la 136e place sur 180 au classement mondial de la liberté de la presse. Plusieurs ONG et syndicats de journalistes français ont également exprimé leur soutien à Christophe Gleizes et demandé sa libération.
Le procès, qui s'est tenu à huis clos, a été critiqué par la défense, qui n'a pas eu accès à l'intégralité du dossier. Me Mourad a souligné que son client a toujours nié les faits et a entamé une grève de la faim pour protester contre ses conditions de détention. « Il est détenu à la prison d'El-Harrach, dans des conditions difficiles. Sa santé se dégrade », a-t-il ajouté.
Un précédent qui inquiète la communauté internationale
Cette condamnation rappelle le cas d'Abdelkrim Yafout, un autre journaliste français d'origine algérienne, condamné en 2022 à trois ans de prison pour des articles critiques. Les observateurs craignent que cette nouvelle affaire ne dissuade les correspondants étrangers de couvrir l'Algérie, où la presse indépendante est de plus en plus muselée.
La famille de Christophe Gleizes, qui vit à Paris, a lancé un appel à la mobilisation. Sa sœur, Anne Gleizes, a déclaré : « Nous sommes dévastés. Nous demandons au gouvernement français de tout faire pour le ramener. » Le président Emmanuel Macron a assuré que la France « ne laisserait rien passer » et que des mesures seraient prises si la situation n'évoluait pas rapidement.
En attendant, la communauté des journalistes retient son souffle, redoutant que cette peine ne devienne un précédent dangereux pour la liberté d'informer au Maghreb.



