En Afghanistan, la détresse économique pousse des familles à vendre leurs filles pour survivre, une pratique qui s'intensifie depuis la prise de pouvoir des talibans en août 2021. Selon un rapport de l'ONG Human Rights Watch publié en juin 2023, le nombre de mariages forcés d'enfants a augmenté de 25 % dans certaines provinces, les familles n'ayant souvent d'autre choix que de donner leur fille en échange d'une dot pour nourrir le reste de la famille.
Des filles parfois vendues dès 6 ans
Dans des régions reculées comme le Badakhshan ou le Ghor, des témoignages rapportent des cas de fillettes de 6 à 10 ans mariées à des hommes bien plus âgés. « Mon père a dit que c'était la seule solution pour que nous ne mourions pas de faim », confie une jeune femme de 14 ans, mariée à un homme de 50 ans. Le prix d'une fille varie de 2 000 à 10 000 afghanis (environ 20 à 100 euros), une somme dérisoire mais vitale pour des familles sans revenus.
Les talibans incapables d'endiguer le phénomène
Malgré les promesses des talibans de protéger les droits des femmes, leur gouvernement n'a pas mis en place de mesures efficaces pour lutter contre ces mariages. « Les talibans ont interdit les mariages forcés, mais ils n'ont aucun mécanisme pour faire respecter cette interdiction », explique Heather Barr, directrice adjointe de la division des droits des femmes à Human Rights Watch. Dans les faits, les autorités locales ferment souvent les yeux, voire facilitent ces unions en percevant des pots-de-vin.
Une crise économique sans précédent
Depuis le retour des talibans, l'économie afghane s'est effondrée, avec une inflation galopante et un chômage massif. Selon la Banque mondiale, le PIB du pays a chuté de 20 % en 2022, et 97 % de la population vit sous le seuil de pauvreté. Les femmes, privées d'emploi et d'éducation, sont les premières victimes de cette crise. « Vendre ma fille a été la décision la plus difficile de ma vie, mais je n'avais pas le choix », témoigne un père de famille de 40 ans, qui a marié sa fille de 12 ans à un commerçant pour 5 000 afghanis.
Des conséquences dramatiques pour les enfants
Les mariages précoces exposent les filles à des violences conjugales, à des grossesses précoces dangereuses et à l'isolement social. L'UNICEF estime que 28 % des filles afghanes sont mariées avant 18 ans, et 4 % avant 15 ans. « Ces mariages sont une violation flagrante des droits de l'enfant », souligne un porte-parole de l'UNICEF. « Ils privent les filles de leur enfance, de leur éducation et de leur avenir. »
Des initiatives locales pour tenter d'enrayer le phénomène
Quelques associations, comme Afghan Women's Network, tentent de sensibiliser les communautés et de proposer des alternatives, comme des distributions de nourriture ou des formations professionnelles pour les mères. Mais les moyens sont limités. « Nous sauvons quelques filles, mais des milliers d'autres sont en danger », déplore une militante. Sans une aide internationale massive et une pression sur les talibans, la vente des filles risque de devenir une pratique encore plus courante.



