Malgré les mises en garde des gouvernements occidentaux, certaines voyageuses osent encore s'aventurer en Afghanistan. Elles en reviennent avec des témoignages contrastés, entre émerveillement devant les paysages et constat amer de la condition féminine sous le régime taliban.
Un voyage sous haute tension
Lindsay, une Canadienne, se souvient : « Nous étions le premier groupe à y faire de la randonnée depuis deux ans ». Partie avec huit compagnons dans le corridor du Wakhan, elle a découvert des vallées isolées d'une beauté à couper le souffle. Pourtant, cette région pourrait attirer de nombreux alpinistes si elle ne se trouvait pas en Afghanistan, un pays en proie à des conflits et où le risque terroriste et d'enlèvement est élevé. Les routes et infrastructures sont en mauvais état, et les atteintes aux droits humains sont fréquentes.
Lors de son périple, Lindsay a croisé des talibans à de nombreux checkpoints. L'un d'eux a même voulu se prendre en photo avec son groupe. « On a tous pris la pose, mais il a fait venir un garde pour ne pas poser à côté d'une femme », raconte-t-elle.
Des restrictions omniprésentes pour les femmes
Depuis leur prise de pouvoir en 2021, les talibans ont considérablement restreint les droits des femmes, selon l'ONU. Les filles de plus de douze ans n'ont pas accès à l'école, les femmes doivent être accompagnées d'un homme pour sortir, et elles sont privées de nombreux emplois et de soins médicaux adéquats. Elles sont également exclues de certains lieux publics comme les mosquées ou les parcs. Les femmes issues de minorités ethniques subissent en plus des discriminations spécifiques.
Les cinq voyageuses interrogées par 20 Minutes ont toutes été témoins ou victimes de ces discriminations. Lindsay raconte sa visite de la Mosquée Bleue de Mazar-e-Sharif : « C'était une situation étrange qui m'a mise mal à l'aise. Depuis la prise de pouvoir des talibans, les femmes n'y sont pas autorisées. En tant que femmes étrangères, nous avons payé et nous y sommes entrées. J'ai vraiment eu l'impression d'un deux poids, deux mesures. »
Des expériences vécues au quotidien
Karen, une autre Canadienne, a dû contredire son guide masculin qui affirmait que les femmes avaient le droit de travailler à l'aéroport de Kaboul. « C'est faux », lui a-t-elle rétorqué, expliquant que ces femmes n'étaient là que pour effectuer des fouilles corporelles sur les voyageuses. Un soir, elle s'est vu refuser le droit de jouer au billard dans un hôtel, au motif que les femmes n'y avaient pas accès.
Nina, une Bulgare, s'est vu refuser l'entrée du parc national de Band-e-Amir, pourtant réputé pour ses six lacs photogéniques. Malgré un départ à l'aube, les talibans étaient déjà sur place. Le groupe a dû se contenter d'admirer les lacs depuis un point de vue éloigné.
Des échanges avec des Afghanes
Ces touristes ont tout de même pu échanger brièvement avec des Afghanes, qui leur ont confié leur quotidien difficile. Lindsay relate : « Nous avons rencontré des femmes qui allaient à l'université auparavant, qui essayent maintenant d'y aller en Chine ou en Ouzbékistan. Elles s'exprimaient très bien en anglais car elles avaient pu étudier avec une fondation. » Un des guides de Karen a ouvert une bibliothèque pour permettre aux femmes d'étudier, mais « souvent, les talibans lui ordonnent de la fermer », raconte-t-elle.
Bushra, une Australienne d'origine afghane, a rendu visite à sa famille cet été. « Mon cousin me racontait que cela fait deux ans qu'il n'a pas emmené sa femme dans un parc ou faire un pique-nique. Il y a vingt ans, il y avait tellement de libertés, maintenant il ne peut même plus emmener sa femme au parc en face de chez eux. »
Le poids de l'histoire et de l'insécurité
Dans les sites touristiques autorisés, la présence des talibans est visible. La vallée de Banyiam, à quatre heures de Kaboul, est un incontournable des itinéraires. Ses niches creusées dans la roche impressionnent toujours, mais elles rappellent la destruction des Bouddhas en mars 2001. Les débris des explosions sont encore là, comme le souligne Jenny, une septuagénaire australienne : « Le site était très calme. Il y avait des gardes qui étaient gentils. On peut y grimper derrière la plus petite niche, il y a un beau panorama. »
Nina, elle, s'est vue offrir par un taliban un guide touristique sur l'Afghanistan. « C'était à mourir de rire, c'était écrit dans un très mauvais anglais. C'était de la propagande. »
La politique s'invite aussi dans les séjours. En quittant l'aéroport de Kaboul, Karen a vu de la fumée au loin : il s'agissait d'un attentat. Lindsay, à cause de son accent nord-américain, a dû préciser à plusieurs reprises qu'elle n'était pas Américaine, les talibans ayant décidé de ne plus accorder de visas aux citoyens américains.
Un bilan mitigé
Les avis divergent sur l'expérience. Nina, qui a visité 104 pays, ne pense pas retourner en Afghanistan : « Pour moi, ça a été le pays le plus difficile jusqu'à présent. J'ai eu peur des talibans car ils portent des armes sur eux. »
D'autres sont plus enthousiastes, soulignant l'hospitalité des habitants et la beauté des sites naturels. Jenny, qui a voyagé avec une guide femme, déclare : « J'ai été accueillie comme si je faisais partie de la famille. » Elle conseille de « garder un esprit ouvert » face à la pauvreté omniprésente. Bushra affirme « n'avoir jamais été aussi bien accueillie » : « En me promenant dans les rues de Shar-e-Naw, les Afghans et les policiers talibans m'interpellaient en me disant que c'était bien de voir une étrangère revenir. »
Le gouvernement taliban, non reconnu par la France, souhaite attirer les touristes étrangers. Selon le ministère de la Culture et de l'Information, cité par Tolo News, 10 000 touristes étrangers ont visité le pays en 2025.



