Aïcha, 24 ans, est issue d’un couple mixte, entre une mère française et un père algérien. Élevée dans un contexte où son père a choisi de ne pas transmettre l’arabe à ses enfants pour favoriser leur intégration, elle a longtemps ignoré les discriminations qui la visaient. Ce n’est qu’en se politisant durant ses études supérieures qu’elle a pris conscience de ces inégalités, au point de devoir masquer le nom de son père pour trouver un appartement. Aujourd’hui, elle revendique pleinement son héritage culturel algérien.
Une prise de conscience tardive
Dans son témoignage recueilli par Charly Zaïdi et Cassiopée Etchevers pour « Le Nouvel Obs », Aïcha raconte que les remarques sur son nom ont commencé à devenir récurrentes à l’École normale supérieure (ENS) de Lyon. On l’appelait « Monsieur Aïcha », on lui disait « Bonjour Ahmad » en référence à son nom de famille, et on lui attribuait des surnoms. Ces micro-agressions ont été le déclencheur d’une réflexion plus large sur son identité et sur la place de sa famille dans la société française.
L’héritage d’un père soucieux d’intégration
Le père d’Aïcha, algérien, a fait le choix de ne pas parler arabe à ses enfants, dans le but de les voir bien intégrés. Cette décision, ancrée dans une volonté d’assimilation, a eu pour effet de créer une distance entre Aïcha et sa culture d’origine. Ce n’est qu’en se politisant qu’elle a réalisé à quel point elle avait grandi éloignée de ses racines. Son engagement politique lui a permis de se rapprocher de ses origines et d’en être fière, inversant ainsi le rapport douloureux qu’elle entretenait avec son héritage.
Un contexte migratoire majeur
Le cas d’Aïcha s’inscrit dans un contexte plus large : les Algériens et leurs descendants installés en France représentent la part la plus importante de l’ensemble de l’immigration. Un tiers des Français, de première, deuxième et troisième générations, sont issus de cette immigration. Les discriminations et les efforts d’intégration de son père ont conduit Aïcha à une prise de conscience : elle a grandi dans une certaine distance vis-à-vis de sa propre culture, une distance qu’elle a choisi de combler.
À l’époque coloniale, le mot « métissage » cherchait à définir les individus qui venaient perturber l’ordre racial, ni blanc ni noir. Aujourd’hui, le mélange des diasporas fait émerger de nouveaux questionnements sur l’identité. Aïcha incarne cette réalité contemporaine, où la revendication identitaire devient un acte politique.



