Volodymyr Zelensky est confronté à un double lâchage de ses alliés, aux États-Unis comme en Europe. Donald Trump a annoncé la livraison de plusieurs millions de tonnes de gazole russe sur les marchés américain et mondial, une décision qualifiée de « position électoraliste » par le général Dominique Trinquand, ancien chef de la mission militaire française à l’ONU. Dans le même temps, Marine Le Pen a promis, à Bruxelles, de mettre fin aux « financements à l’Ukraine » dans les six mois si elle est élue à l’Élysée en mai 2027. Ces annonces interviennent alors que Kiev subit des frappes russes sans bénéficier de l’alerte précoce habituelle de la constellation Starlink.
Un pacte avec Moscou pour les midterms
Depuis l’annonce, le week-end dernier, de la livraison de plusieurs millions de tonnes de gazole russe, la question revient avec insistance : Donald Trump est-il prêt à sacrifier l’Ukraine sur l’autel des midterms ? La stratégie est claire : faire baisser les prix des carburants et remonter la cote de popularité du président américain avant les élections de mi-mandat du 3 novembre. « Trump panique à l’approche des élections de midterm qu’il pourrait perdre, souligne le général Dominique Trinquand. Ce lâchage du président Zelensky est une position électoraliste. »
Cet accord « fournit un soutien financier à la guerre brutale de Vladimir Poutine », pointent des sénateurs démocrates et républicains aux États-Unis. En Ukraine, ce pacte noué avec Moscou inquiète particulièrement. Qu’a obtenu le maître du Kremlin en échange de ce coup de pouce controversé ? Donald Trump a appelé, depuis, l’Ukraine à changer de président – une obsession de Vladimir Poutine – et annoncé un « cessez-le-feu énergétique » que Moscou n’a pas respecté.
Starlink restreint, Kiev fragilisé
Les craintes de Volodymyr Zelensky se sont renforcées mardi, quand une centrale électrique de Kiev a été touchée par un missile balistique russe, sans que l’Ukraine ne reçoive, cette fois, d’alerte précoce de la constellation de satellites de communication Starlink détenue par Elon Musk, milliardaire proche de Donald Trump. « Cette nuit, SpaceX a instauré une limitation de vitesse pour les terminaux Starlink en mouvement », a expliqué, mercredi, Serhii Beskrestnov, conseiller auprès du ministère ukrainien de la Défense. « Nos forces de défense n’ont pas été prévenues de cette restriction, ce qui a entraîné la perturbation de plusieurs missions. De toute évidence, cette mesure ne peut être une coïncidence et est liée à la situation politique actuelle », a-t-il glissé.
Un haut responsable ukrainien a accusé, sous couvert d’anonymat, Washington d’aider Moscou. « Il s’agit d’un feu vert donné à Poutine pour qu’il fasse ce qu’il veut dans l’agression de l’Ukraine, analyse le général Trinquand. L’arrêt de l’alerte avancée fournie par les États-Unis sera un handicap certain pour lutter contre les missiles. Ceci affaiblit l’Ukraine, mais ne rend pas sa défense impossible. » L’Européen Eutelsat a, d’ailleurs, proposé, mercredi, ses services à Kiev, affirmant que ses 600 satellites en orbite basse pourront prendre le relais, si ces restrictions se poursuivent.
« Donald Trump est devenu le meilleur allié de la Russie »
Washington affirme, pour sa part, qu’il n’y a « pas de changement » dans le partage de renseignement à l’Ukraine. Mais Volodymyr Zelensky a confié, mercredi, lors d’un entretien accordé à l’animateur britannique Piers Morgan, s’être senti trahi par le président américain ces derniers jours. « Donald Trump aura fait plus que n’importe qui pour tenter de permettre à Poutine de gagner cette guerre, alors que ce dernier est en train de perdre sur le terrain. Car sur la zone de front, son armée recule et sur le territoire de la Russie, Poutine est incapable de se défendre contre les drones ukrainiens », observe Guillaume Ancel, spécialiste des questions de défense. « De fait, Donald Trump est devenu le meilleur allié de la Russie de Poutine, en trahissant les Ukrainiens, les Européens et la plus grande partie des Américains », résume l’ancien officier.
Des signes inquiétants en Allemagne et en France
Au même moment, d’autres signaux alarmants sont adressés à Kiev, en provenance cette fois de l’Europe. En Allemagne, le Parlement de Saxe-Anhalt, dominé par l’extrême droite (AfD), soutenue par une formation de gauche (BSW), a adopté mercredi un appel à cesser l’aide militaire à Kiev et à se rapprocher de la Russie. À Bruxelles, où elle était en déplacement, Marine Le Pen (RN) a annoncé, de son côté, qu’elle mettrait fin aux « financements à l’Ukraine », dans les six mois, si elle s’installe à l’Élysée, en mai 2027.
Une autre menace guette donc l’Ukraine, enlisée dans sa guerre contre l’envahisseur russe, depuis près de cinq ans : le populisme, qui essaime sur les continents européen et américain. Dominique Trinquand est l’auteur du livre « N’ayons pas peur » (Robert Laffont), Guillaume Ancel de « Petites leçons sur la guerre » (Autrement).