Le directeur de la CIA, John Ratcliffe, s'est rendu mardi 25 août à Moscou pour participer à des réunions avec des responsables russes, ont rapporté le site d'information Axios, citant deux responsables américains anonymes, et la chaîne de télévision américaine CBS News, s'appuyant sur des sources proches du dossier également anonymes. Selon Axios, John Ratcliffe, l'un des plus proches conseillers de Donald Trump, a quitté Washington dimanche et s'est rendu en Lettonie à bord d'un avion du gouvernement américain. Il a ensuite voyagé de la capitale lettone Riga à Moscou à bord d'un Boeing C-17 de l'US Air Force.
Une visite éclair et mystérieuse
On ignore à ce stade de nombreuses choses sur ce déplacement en Russie. Axios et CBS News n'ont pas précisé le nom des responsables russes avec lesquels John Ratcliffe devait s'entretenir, ni le programme des discussions. Ces réunions n'ont probablement pas duré longtemps : selon le Washington Post, le patron de la CIA n'est resté qu'environ 4 heures en Russie avant de repartir.
John Ratcliffe a-t-il profité de ce déplacement pour rencontrer le président russe Vladimir Poutine et pour lui adresser un avertissement ? "Il aurait pu lui dire : 'Nous savons ce que vous envisagez de faire, et vous avez intérêt à ne pas le faire'", a indiqué au Washington Post Beth Sanner, ancienne directrice adjointe du renseignement national américain chargée de l'intégration des missions. "Il pourrait également s'agir du cessez-le-feu avec l'Iran et de la nécessité d'impliquer un autre acteur dans les discussions", a-t-elle ajouté.
Premier déplacement d'un chef de la CIA depuis 2021
Ce serait le premier déplacement connu de John Ratcliffe en Russie en tant que directeur de la CIA, bien qu'il ait maintenu des contacts avec ses homologues des services de renseignement russes. Il s'agirait également de la première visite connue d'un patron de la CIA dans la capitale russe depuis le déplacement de William Burns. Le prédécesseur de John Ratcliffe avait notamment participé à une réunion avec Vladimir Poutine en novembre 2021, soit environ trois mois avant que le Kremlin n'ordonne ce qu'il a présenté comme une "opération militaire spéciale" en Ukraine. John Ratcliffe avait alors mis en garde le président russe contre une invasion de l'Ukraine. En vain.
Avant le voyage de John Ratcliffe à Moscou, rapporte CBS News, les États-Unis ont informé l'Ukraine qu'une délégation de haut niveau se rendrait à Moscou et lui ont demandé de suspendre les frappes jusqu'au départ de la délégation, selon un haut responsable ukrainien.
Des canaux de communication maintenus malgré les tensions
Moscou et Washington restent en contact régulier afin de maintenir une forme de stabilité dans les relations bilatérales et de réduire les sujets d'affrontements. Le Kremlin a toujours accordé une grande importance au maintien des liens entre les services de renseignement russes et américains, même si les relations politiques se sont largement détériorées à la suite de l'invasion de l'Ukraine par Moscou, au soutien américain à Kiev et aux sanctions successives imposées à la Russie.
"Les États-Unis soutiennent l'Ukraine depuis le tout début de la guerre et, du point de vue de notre État, c'est un adversaire, mais nos collègues des agences de renseignement comme celle-ci peuvent discuter d'un grand nombre de sujets plus librement que les responsables politiques", analyse auprès du Washington Post Rustam Churyakov, directeur général du groupe de réflexion sur le renseignement basé à Moscou, Laboratory Intelligence Express.
Un rôle dans les échanges de prisonniers
Comme le rappelle CBS News, la CIA a joué un rôle dans les récents échanges de détenus entre les États-Unis et la Russie, notamment la libération en avril 2025 de Ksenia Karelina, une ressortissante américano-russe dont le cas a été négocié personnellement par John Ratcliffe. L'agence a également participé à l'échange de prisonniers de 2024 qui a permis la libération du journaliste du Wall Street Journal, Evan Gershkovich, et de l'ancien marine américain Paul Whelan, lui aussi détenu en Russie.
La visite du patron de la CIA à Moscou intervient alors que de récentes évaluations des services de renseignement américains indiquent que le calcul des risques pris par Vladimir Poutine pourrait évoluer. Le dirigeant russe serait potentiellement de plus en plus disposé à autoriser des actions provocatrices contre les membres de l'Otan, y compris des opérations hybrides, afin de tester la détermination de l'Alliance atlantique et de l'administration Trump. À l'heure actuelle, les pourparlers de paix avec l'Ukraine, menés sous l'égide des États-Unis, restent en grande partie au point mort, tant les deux parties sont toujours très éloignées sur les questions fondamentales.



