Ukraine : plus de 1,2 million de manuels scolaires détruits par les frappes russes
Ukraine : 1,2 million de manuels scolaires réduits en cendres

Alors que des millions d'élèves ukrainiens ont fait leur rentrée mardi, les frappes russes se sont intensifiées, visant notamment les imprimeries et les maisons d'édition. Résultat : plus de 1,2 million de manuels scolaires ont été carbonisés, soit environ 10 % des manuels prévus pour cette année scolaire. Une partie de ces ouvrages a été détruite dans la nuit de dimanche à lundi, à quelques heures seulement du retour en classe.

Des écoles détruites et des cours sous terre

« Les enfants n'ont presque plus la possibilité d'étudier dans des écoles. Il y a des établissements souterrains, mais aussi beaucoup de cours par correspondance car les écoles sont touchées. Et désormais, on assiste à la destruction du matériel scolaire indispensable à l'éducation », réagit Galia Ackerman, historienne spécialiste de l'Ukraine et de la Russie.

De nombreuses écoles ont migré sous terre pour protéger leurs élèves, notamment dans le réseau de métro de Kharkiv. Une mesure vitale, alors que la Russie a détruit plus de 400 établissements et en a endommagé 4.000 autres, selon le ministre de l'Éducation.

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Une volonté de détruire la culture ukrainienne

Pour l'historien Antoine Arjakovsky, ces bombardements s'inscrivent dans une « guerre de civilisation » plus que de territoire. « En touchant le monde des manuels scolaires et plus largement des livres, il y a une volonté de détruire la possibilité d'une culture ukrainienne propre », ajoute ce spécialiste, auteur de l'ouvrage Pour sortir de la guerre (Ed. Desclée de Brouwer, 2023).

Alexandra Goujon, maîtresse de conférences à l'université Bourgogne Europe, abonde, estimant que ces frappes « visent à effacer la culture ukrainienne ». L'autrice de L'Ukraine de l'indépendance à la guerre (Cavalier bleu, 2023) ajoute que « dans cette guerre culturelle, dès 2022, les bombardements ont ciblé des marqueurs identitaires ukrainiens : des écoles, des bibliothèques, des musées ou encore des églises ».

Une russification forcée dans les territoires occupés

Dans les territoires occupés, le droit à l'éducation est encore plus bafoué. « Quand l'armée russe occupe des territoires, elle met en place une politique de russification qui passe notamment par la destruction de manuels scolaires ukrainiens et l'importation de manuels scolaires russes », rapporte Alexandra Goujon. Le documentaire d'Arte Ukraine. Sur les traces des bourreaux montre la rapidité avec laquelle ces manuels « prêts à l'emploi pour faire entrer dans la tête des petits Ukrainiens les bons principes de l'éducation à la russe » ont inondé les territoires occupés.

« Dans les territoires occupés, l'éducation déforme complètement l'histoire ukrainienne en fonction des visées impérialistes russes et dit aux enfants ukrainiens qu'ils font partie de la Russie », explique Galia Ackerman. « Cela s'inscrit aussi dans le cadre d'une bataille mémorielle. En prenant Marioupol en 2022, les Russes ont détruit le monument à la mémoire de l'Holodomor, la grande famine de 1932-1933 », rappelle Antoine Arjakovsky. Cette famine, créée artificiellement par Joseph Staline et qui a causé la mort de 3,5 à 5 millions d'Ukrainiens, est invisibilisée dans le programme scolaire russe qui l'attribue à des « aléas climatiques ».

Déportations et « lavage de cerveau »

Galia Ackerman va jusqu'à évoquer un « lavage de cerveau » subi par les écoliers ukrainiens piégés en territoire occupé. « Pour les parents, il est particulièrement dangereux d'y résister car les enfants ne savent généralement pas tenir leur langue et de nombreux civils ukrainiens disparaissent purement et simplement », ajoute cette experte du monde russe. L'an dernier, l'enseignement de l'ukrainien comme « langue maternelle » a été totalement interdit dans les territoires occupés, selon Resurgam.

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Pire encore, nombre d'enfants ukrainiens ont été déportés en Russie. L'Ukraine en a officiellement identifié 19.546 et l'ONU a vérifié 1.205 cas dans les seules régions où elle a pu enquêter, tout en précisant que le total réel est bien plus élevé. En 2023, la Cour pénale internationale a évoqué ce motif pour émettre un mandat d'arrêt à l'encontre de Vladimir Poutine. À leur arrivée en Russie, certains de ces enfants sont envoyés dans des camps de « rééducation ». « Ces enfants ukrainiens sont russifiés, l'enseignement de l'histoire et de la culture qu'ils reçoivent se trouve déformé et certains sont même envoyés à l'armée combattre leur propre peuple passé 18 ans », s'indigne Antoine Arjakovsky.

Une résistance culturelle face à la destruction

Face à cette attaque systématique de leur culture et de leur identité, les Ukrainiens s'attachent à la mettre en avant. Alors que la Russie cherche à effacer ou absorber les grands noms de la culture, les députés de la Rada ont voté la création d'un Panthéon national ukrainien pour les mettre en valeur. En deux mois, Moscou a détruit plus de 12 millions de livres, dont des manuels scolaires. Une façon de s'en prendre au « véritable engouement pour la littérature ukrainienne en Ukraine, alors que la population lit de plus en plus d'auteurs ukrainiens », décrypte Alexandra Goujon, qui souligne qu'il s'agit pour le peuple ukrainien d'une « manière d'exprimer une résistance culturelle au quotidien ».

Malgré un marché de plus en plus fragilisé, la chaîne Ye a ouvert 20 nouvelles librairies rien qu'en 2023. En 2025, 33,2 millions d'exemplaires ont été imprimés, soit près de trois fois plus qu'en 2022. Des manuels partagés sur les bancs de classe aux livres dévorés dans un abri antibombe, la population ukrainienne continue bel et bien à faire vivre son identité culturelle.