Trump en position de faiblesse face à l'Iran après une guerre sans gains
Trump en position de faiblesse face à l'Iran

Il faut se pincer pour encore entendre à cette heure, dans la bouche de Donald Trump, décrire la guerre en Iran comme celle d'une « victoire totale » des États-Unis. À l'heure du bilan des deux affrontements engagés en moins d'un an par Washington contre Téhéran, on comprend pourquoi ses prédécesseurs avaient observé depuis 1979 une « prudence stratégique » à l'égard de la République islamique.

Un bilan stratégique désastreux pour Washington

À l'aune des 60 jours de négociations qui s'ouvrent, l'actuel président américain se présente en position de faiblesse, après avoir dilapidé son principal levier - le recours à la force - sans en tirer de gains stratégiques notables dans la durée. L'élite des mollahs, qui s'est déjà reconstituée, pourra à l'avenir reconstruire son appareil militaro-industriel, en partie détruit. Idem pour ses installations nucléaires qui ont subi de gros dégâts pendant la guerre des douze jours, même si cela prendra du temps.

Un mémorandum inquiétant pour les négociations

Le mémorandum, qui sert de base aux discussions, est, à ce titre, particulièrement inquiétant. Il pourrait offrir - sous conditions - à ce régime sanguinaire et corrompu des sommes considérables, avec un fonds de 300 milliards pour la reconstruction et une levée de toutes les sanctions. De l'argent qui ne profitera jamais aux véritables victimes du régime : les Iraniens, pris en étau entre une répression implacable et une crise économique dévastatrice.

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L'Amérique a perdu une part de sa dissuasion

En échange, le régime iranien devra renoncer à « se procurer » et « à développer des armes nucléaires », précise le mémorandum. Une fois encore, l'aveuglement de Washington laisse perplexe. Dans son histoire, la République islamique a toujours maintenu une stratégie de dissuasion nucléaire ambiguë et ne compte pas faire évoluer son « logiciel » en la matière. L'Iran devrait aussi, toujours selon l'accord-cadre, abandonner son emprise sur le détroit d'Ormuz. Cette fois encore, personne ne peut décemment croire que Téhéran consentira à cesser d'influer sur ce détroit devenu un levier stratégique de sa défense qui lui a permis de contenir la première puissance militaire mondiale, de fracturer l'alliance américano-israélienne et de rappeler aux pays du Golfe que le parapluie du Pentagone n'est plus suffisant.

Des stocks militaires américains épuisés

Après 40 jours d'un conflit à haute intensité, les États-Unis ont aussi laissé, au cœur du golfe Persique, une part de leur dissuasion. Les chiffres ne trompent pas : selon une étude du Center for Strategic and International Studies basé à Washington, reconstituer les stocks de plusieurs munitions américaines aux niveaux d'avant-guerre prendra entre un et quatre ans ! Pressé de sortir de la guerre avant les midterms, Trump se retrouve pris dans un engrenage diplomatique qu'il ne maîtrise plus.

L'Iran garde des leviers de pression

À l'inverse des Américains qui abordent ce round de négociations sans atout en main, l'Iran, lui, peut continuer d'attiser les braises au Liban en remobilisant le Hezbollah pour attaquer Israël. Et Xi Jinping, premier client du pétrole iranien, pourrait le moment venu ne plus garder sa posture aussi attentiste, en fournissant du matériel militaire. Emmanuel Macron a raison de dire que la guerre au Moyen-Orient n'est peut-être pas « totalement terminée ».

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