« Nous sommes très proches d’un accord définitif avec l’Iran. » Encore dimanche 7 juin, Donald Trump se voulait optimiste. Pourtant, quelques jours plus tard, dans la nuit du mercredi 10 au jeudi 11 juin, les États-Unis ont lancé une nouvelle vague de frappes contre des cibles iraniennes. Ce décalage est devenu presque banal, tant le président américain répète depuis des mois qu’une issue diplomatique est imminente.
Un décompte révélateur
Selon un décompte réalisé par CNN, le locataire de la Maison-Blanche a affirmé au moins 38 fois depuis le début du conflit qu’un accord avec Téhéran était proche ou sur le point d’être conclu. Ces déclarations ont été répétées lors de conférences de presse, sur Truth Social ou dans des entretiens accordés aux médias américains. À chaque fois, ou presque, le même scénario se répète : l’annonce d’une percée diplomatique, la promesse d’une signature imminente, puis l’absence de résultat tangible.
Les premières déclarations
Cette séquence a débuté dès le 23 mars, détaille le média américain. Interrogé par des journalistes à bord d’Air Force One sur d’éventuels pourparlers, Donald Trump a évoqué « des points d’accord majeurs », allant jusqu’à affirmer que « presque tous les points » avaient été réglés. L’Iran a pourtant démenti l’existence même de négociations. Quelques jours plus tard, le 29 mars, le président américain s’est montré tout aussi confiant. Questionné sur la possibilité d’un accord dans la semaine à venir, il a simplement répondu : « Je vois bien un accord en Iran. »
Une escalade rhétorique
Début avril, Donald Trump a affirmé à plusieurs reprises qu’un accord avec l’Iran était « imminent » ou déjà très avancé. Le 6 avril, il a durci le ton et évoqué la possibilité de frappes en cas d’échec des négociations. Le lendemain, il est allé encore plus loin, tenant des propos particulièrement inquiétants : « Une civilisation entière mourra ce soir » si aucun accord n’est conclu. Dans la foulée, il a toutefois changé de registre et annoncé la mise en place d’un cessez-le-feu temporaire, présenté comme une période de deux semaines destinée à finaliser un éventuel accord. Le lendemain, le New York Times s’est interrogé sur ce que l’ex-magnat de l’immobilier avait vraiment accompli.
Une affaire « presque terminée »
Le ton est ensuite devenu plus catégorique. Le 15 avril, sur Fox Business, Donald Trump a affirmé que l’affaire était « presque terminée » et que l’Iran souhaitait réellement parvenir à un accord. Le lendemain, il a estimé qu’il était « très probable » qu’un accord soit conclu. Le 17 avril, il a multiplié les déclarations, assurant que l’Iran avait « tout accepté », qu’un accord pourrait être trouvé « d’ici un jour ou deux » et qu’il ne subsistait aucune divergence majeure. Le 30 avril, il a affirmé que l’Iran était impatient de conclure. Le 18 mai, il a même reporté des frappes militaires de « deux ou trois jours », expliquant que plusieurs pays du Moyen-Orient pensaient être sur le point d’arracher un accord.
Un optimisme renouvelé
Le 23 mai a marqué un nouveau pic d’optimisme. Donald Trump a affirmé que son administration était « sur le point » de conclure un accord, que celui-ci était déjà « largement négocié » et que seuls quelques détails restaient à régler. Les médias, comme Les Echos, se sont pris au jeu en écrivant le 24 mai : « Jamais la paix n'a paru aussi proche depuis le début de la guerre en Iran, il y a presque trois mois. » De son côté, le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, Esmaïl Baghaï, a temporisé : « Cela ne signifie pas nécessairement que nous et les États-Unis parviendrons à un accord sur les questions importantes. » Cinq jours plus tard, lors d’un entretien avec sa belle-fille Lara Trump, le président des États-Unis a redit être « sur le point de conclure un très bon accord. »
La réalité des frappes
Malgré ces effets d’annonce, les développements récents racontent une tout autre histoire. Les nouvelles frappes américaines illustrent l’écart croissant entre les déclarations présidentielles et la réalité du terrain, souligne CNN. Elles traduisent aussi une frustration de plus en plus visible de Donald Trump face au refus de Téhéran d’accepter ses conditions, qu’il s’agisse de la réouverture du détroit d’Ormuz ou de l’arrêt du programme nucléaire iranien. « Ils continuent de nous prendre pour des imbéciles », s'est-il emporté mercredi, après avoir accusé les Iraniens d'avoir « mis trop de temps à négocier un accord qui aurait été excellent pour eux ».
Un paradoxe persistant
Ces signaux contradictoires installent un paradoxe devenu central : celui d’un président américain qui continue d’affirmer qu’un accord est imminent tout en durcissant simultanément le rapport de force par l’action militaire. À mesure que les frappes se multiplient, la perspective d’un compromis apparaît ainsi toujours annoncée, mais jamais concrétisée.



