Un incident qualifié d'"irresponsable" et de "profondément préoccupant" : le Premier ministre britannique Keir Starmer a fermement condamné, ce mercredi 17 juin, le coup de semonce tiré par une frégate russe contre un navire civil britannique dans la Manche, survenu la veille. Le bâtiment militaire a tenté de faire changer de cap un yacht battant pavillon britannique, à proximité des eaux territoriales du Royaume-Uni, selon les déclarations des ministères de la Défense russe et britannique.
L'incident s'est produit vers 11h40. "Les coups de feu présumés ont été tirés alors que les navires se trouvaient à environ 20 milles nautiques au sud de l'île de Wight, les plaçant ainsi hors des eaux territoriales britanniques (qui s'étendent jusqu'à 12 milles nautiques), mais à l'intérieur de la zone économique exclusive du Royaume-Uni", a précisé le journal The Guardian, ajoutant qu'aucun dégât ni blessé n'était à déplorer.
Une tentative pour éviter une collision
Selon le ministère russe de la Défense, l'équipage de la frégate Amiral Grigorovitch avait repéré un yacht naviguant sur une route risquant d'entraîner une collision avec le navire. Après plusieurs tentatives infructueuses d'établir un contact radio, et l'utilisation de "fusées éclairantes et signaux sonores", la frégate a tiré des coups de semonce, "notamment à l'arme légère, devant le yacht", a indiqué le ministère, précisant que les tirs n'étaient pas directement dirigés contre le yacht. Celui-ci a alors modifié sa route et s'est éloigné.
Le ministère britannique de la Défense a également décrit ces tirs comme une tentative d'éviter une collision, après les essais infructueux de l'Amiral Grigorovitch pour établir le contact avec le yacht. L'incident s'est produit dans des conditions de brouillard dans la Manche. La Russie a déclaré que les coups de feu ont été tirés alors que les navires étaient à 150 mètres l'un de l'autre, tandis qu'une source proche de l'incident a affirmé qu'ils étaient plus éloignés, à environ 450 mètres.
Une violation du droit de la mer ?
Mais le bâtiment de guerre avait-il bien le droit d'agir ainsi ? Le ministère russe de la Défense a déclaré que l'équipage avait agi mardi conformément aux règles maritimes internationales et avait pris toutes les mesures nécessaires pour éviter un incident. Dans les faits, la frégate avait parfaitement le droit de circuler dans ces eaux internationales, même si elles font partie de la zone économique exclusive du Royaume-Uni. Elle doit néanmoins, selon les conventions maritimes, faire preuve de "juste considération" des droits de l'État côtier et des autres navires. Le tir de coups de semonce contre un navire civil doit quant à lui être nécessaire et proportionné, et constituer une solution de dernier recours.
Contexte de tensions
Il n'y a néanmoins pas grand-chose que le Royaume-Uni puisse faire au niveau juridique ou coercitif. "En tant que navire de guerre, l'Amiral Grigorovitch bénéficie de l'immunité souveraine. Cela signifie que même s'il est établi qu'il a enfreint les normes internationales, le Royaume-Uni ne pourra pas engager de poursuites" et "se limitera à exiger que la frégate quitte ses eaux et à engager des recours diplomatiques", précise The Guardian.
L'incident intervient dans un contexte de tensions avec la Russie : ce week-end, des commandos britanniques ont intercepté dans la Manche le navire Smyrtos, appartenant à la "flotte fantôme" russe - une série de bateaux utilisés pour contourner les sanctions contre la vente d'hydrocarbures russes. Le ministère de la Défense britannique a néanmoins souhaité clore le sujet, déclarant que, selon son évaluation, les tirs de sommation de mardi n'étaient pas liés à l'interception de dimanche, mais relevaient plutôt d'un incident isolé.



