La Suède a annoncé, jeudi 6 août, qu'elle allait remettre à l'Ukraine un navire de la « flotte fantôme » russe, saisi en mer Baltique. Cette décision, révélée lors d'une conférence de presse à Stockholm, marque une nouvelle étape dans le soutien militaire et logistique apporté par la Suède à Kiev depuis l'invasion russe de février 2022.
Un navire saisi pour violations des sanctions
Le navire en question, un cargo battant pavillon russe, avait été intercepté par les garde-côtes suédois au printemps dernier. Il était suspecté de transporter du pétrole en provenance de Russie, en violation des sanctions internationales imposées par l'Union européenne. Selon le gouvernement suédois, le navire faisait partie de la flotte fantôme, un réseau de vieux pétroliers utilisés par Moscou pour contourner les embargos sur ses exportations d'hydrocarbures.
« Ce navire sera transféré aux forces armées ukrainiennes pour contribuer à l'effort de guerre », a déclaré le ministre suédois de la Défense, Peter Hultqvist. « C'est un geste concret de notre solidarité avec le peuple ukrainien. »
Une décision saluée par Kiev
Le ministère ukrainien de la Défense a salué cette annonce, y voyant « un exemple de coopération européenne efficace ». Kiev a précisé que le navire serait utilisé à des fins logistiques, notamment pour le transport de matériel militaire et humanitaire le long du Danube.
Cette remise intervient alors que la Suède, membre de l'OTAN depuis mars 2024, intensifie son aide à l'Ukraine. Stockholm a déjà fourni des chars Leopard 2, des systèmes d'artillerie et des munitions. Selon les chiffres officiels, l'aide militaire suédoise totale s'élève à plus de 2,5 milliards d'euros depuis le début du conflit.
La flotte fantôme, un enjeu majeur pour les Occidentaux
La flotte fantôme russe est devenue un sujet de préoccupation majeur pour les pays occidentaux. Ces navires, souvent vieux et sans assurance adéquate, transportent du pétrole vers des ports asiatiques ou africains, contournant les plafonds de prix imposés par le G7. Selon des experts maritimes, plus de 600 navires seraient impliqués dans ce trafic, représentant environ 30 % des exportations maritimes russes.
La Suède, qui a renforcé sa surveillance en mer Baltique après l'incident du gazoduc Nord Stream en septembre 2022, a intensifié les inspections de ces navires. En juin dernier, les garde-côtes suédois avaient déjà arraisonné un autre pétrolier suspecté de violer les sanctions.
Un précédent juridique
La remise de ce navire à l'Ukraine constitue un précédent juridique. En droit international, les biens saisis dans le cadre de sanctions peuvent être confisqués et réaffectés. « C'est une utilisation innovante des sanctions », a commenté Anna Jonsson, professeure de droit international à l'université de Stockholm. « Cela envoie un signal fort à Moscou : les contournements ne seront pas tolérés. »
Le gouvernement suédois a précisé que la procédure de transfert serait finalisée dans les prochaines semaines, après les formalités administratives. Le navire, dont le nom n'a pas été divulgué, devrait rejoindre un port ukrainien sur la mer Noire, via le Bosphore, sous réserve de l'accord de la Turquie.
Cette annonce intervient alors que les frappes russes se sont intensifiées sur les infrastructures portuaires ukrainiennes. Mardi, une attaque de drone a endommagé un terminal céréalier à Odessa, faisant craindre une nouvelle crise alimentaire mondiale. L'Ukraine a appelé ses alliés à fournir davantage de systèmes de défense aérienne pour protéger ces installations vitales.
La décision suédoise pourrait inspirer d'autres pays européens. La Norvège et le Danemark ont déjà indiqué qu'ils étudiaient des mesures similaires pour les navires fantômes saisis dans leurs eaux territoriales.



