La guerre au Soudan s'impose comme le premier front du pacte de La Mecque, alliance stratégique scellée entre l'Arabie saoudite, la Turquie et le Pakistan. Selon des sources diplomatiques citées par Le Monde, ce rapprochement inédit, officialisé en marge du pèlerinage de 2026, a déjà des répercussions concrètes sur le conflit soudanais, qui oppose l'armée régulière du général Abdel Fattah al-Burhan aux paramilitaires des Forces de soutien rapide (FSR) de Mohamed Hamdane Daglo.
Un pacte aux ambitions multiples
Le pacte de La Mecque, signé en juin 2026, vise officiellement à coordonner les efforts de médiation et de reconstruction dans les zones de crise. Mais pour les observateurs, il constitue surtout un contrepoids aux influences rivales dans la région, notamment celles des Émirats arabes unis, accusés de soutenir les FSR. Les trois pays signataires disposent de capacités militaires et économiques complémentaires : l'Arabie saoudite apporte son poids financier, la Turquie son industrie de défense, et le Pakistan son expertise en matière de maintien de la paix.
Des conséquences directes sur le terrain
Dès le mois de juillet, des avions de transport militaires turcs ont atterri à Port-Soudan, principal hub humanitaire du pays, avec du matériel médical et des équipes de déminage. Parallèlement, des contingents pakistanais ont rejoint les forces de l'IGAD (Autorité intergouvernementale pour le développement) déployées à Kassala et au Darfour. Riyad, de son côté, a annoncé le déblocage de 150 millions de dollars pour financer des programmes d'aide aux déplacés, un montant significatif alors que les besoins humanitaires sont estimés à 2,7 milliards de dollars par l'ONU.
Des intérêts divergents mais une coordination affichée
Les trois capitales affichent une coordination sans précédent, mais leurs intérêts divergent sur plusieurs points. Ankara, qui entretient des relations historiques avec le Soudan, cherche à sécuriser ses investissements dans le port de Souakine, sur la mer Rouge. Islamabad, soucieux de son image dans le monde musulman, voit dans ce pacte un moyen de renforcer sa diplomatie. Riyad, enfin, veut éviter à tout prix un effondrement total du Soudan, qui menacerait la stabilité de la péninsule Arabique.
Une médiation sous tension
Les négociations de paix, qui doivent reprendre à Djeddah en septembre, seront le premier test de cette alliance. Les médiateurs saoudiens ont déjà obtenu des engagements de principe des deux belligérants pour un cessez-le-feu humanitaire, mais les discussions butent encore sur le calendrier de retrait des forces étrangères. Selon un diplomate occidental cité par Le Monde, « le pacte de La Mecque pourrait faciliter une sortie de crise, mais il risque aussi d'exacerber les rivalités régionales si les trois pays ne parviennent pas à parler d'une seule voix ».
En attendant, la population soudanaise, qui subit une inflation galopante et des pénuries alimentaires, observe avec méfiance ces manœuvres diplomatiques. Les organisations humanitaires, elles, espèrent que cette nouvelle dynamique permettra enfin d'ouvrir des corridors d'aide sûrs, alors que 18 millions de personnes sont en insécurité alimentaire aiguë, selon le Programme alimentaire mondial. Le prochain sommet du pacte, prévu à Ankara en novembre, pourrait préciser les modalités d'une intervention conjointe, mais aucune décision ferme n'a été annoncée à ce stade.



