IA : la flambée électrique pourrait relancer les énergies fossiles
IA : la flambée électrique pourrait relancer les fossiles

L’explosion des besoins en électricité de l’intelligence artificielle (IA) risque de relancer les énergies carbonées, selon une enquête de Libération publiée le 26 août 2026. Les géants du numérique, confrontés à une demande électrique colossale pour faire fonctionner leurs data centers, se tournent de plus en plus vers le gaz et le charbon, compromettant les engagements climatiques.

Une demande électrique démesurée

Les data centers, qui hébergent les serveurs nécessaires à l’entraînement et au fonctionnement des modèles d’IA, consomment déjà des quantités d’électricité considérables. Selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE), la consommation électrique des data centers dans le monde pourrait doubler d’ici 2030, atteignant environ 1 000 térawattheures (TWh), soit l’équivalent de la consommation totale du Japon. Cette croissance est principalement tirée par l’IA générative, qui nécessite des puissances de calcul très supérieures à celles des applications traditionnelles.

Pour répondre à cette demande, les entreprises technologiques comme Google, Microsoft ou Amazon ont signé des contrats d’achat d’électricité avec des producteurs d’énergies fossiles. Par exemple, Microsoft a conclu un accord avec le groupe pétrolier Occidental Petroleum pour utiliser du gaz naturel afin d’alimenter son futur centre de données dans le Wyoming. De même, Google a investi dans des projets de centrales à gaz au Texas et en Virginie, tandis qu’Amazon a annoncé l’acquisition de plusieurs centrales au gaz aux États-Unis.

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Des investissements massifs dans les énergies carbonées

Ces choix contredisent les objectifs de neutralité carbone que ces entreprises affichent par ailleurs. Selon un rapport de l’ONG Global Energy Monitor, les investissements dans les nouvelles centrales à gaz ont augmenté de 20 % en 2025, principalement aux États-Unis, en Chine et en Inde, pour répondre à la demande des data centers. Le charbon, bien que plus polluant, est également sollicité : la Chine a approuvé la construction de 50 gigawatts de nouvelles capacités charbonnières en 2025, dont une partie serait destinée à alimenter les centres de données.

Les experts avertissent que cette tendance pourrait faire dérailler les objectifs de l’accord de Paris, qui vise à limiter le réchauffement climatique à 1,5 °C. Selon le GIEC, les émissions de CO2 du secteur numérique pourraient représenter jusqu’à 8 % des émissions mondiales en 2030, contre 2 % aujourd’hui. « Nous assistons à un retour en force des énergies fossiles dans le secteur électrique, précisément au moment où nous devrions les éliminer », a déclaré Jean-Marc Jancovici, ingénieur et président du Shift Project, cité dans l’enquête.

Des alternatives insuffisantes

Les énergies renouvelables, bien que en plein essor, ne suffisent pas à répondre à la croissance exponentielle de la demande. Les interconnexions électriques et le stockage par batteries restent limités, et les délais de raccordement au réseau pour les projets solaires et éoliens s’allongent. Certaines entreprises misent sur le nucléaire, comme Microsoft qui a signé un accord avec Constellation Energy pour relancer la centrale de Three Mile Island, mais ces projets sont lents à se concrétiser.

Face à cette situation, les gouvernements commencent à réagir. L’Union européenne a adopté en 2026 une directive imposant aux data centers de publier leur consommation électrique et leur mix énergétique, afin de favoriser la transparence. Aux États-Unis, plusieurs États ont suspendu l’octroi de permis pour de nouvelles centrales à gaz destinées aux data centers, en attendant une évaluation de leur impact climatique.

Un avenir incertain

Les analystes estiment que la dynamique actuelle pourrait s’inverser si les prix du carbone augmentent ou si les technologies de stockage progressent rapidement. Mais à court terme, la demande d’électricité de l’IA semble devoir continuer à croître, portée par l’essor des applications grand public et des usages professionnels. Selon l’AIE, la consommation électrique des data centers pourrait représenter 5 % de la demande mondiale d’électricité en 2030, contre 2 % en 2025.

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Ce scénario aurait des conséquences directes sur les factures des consommateurs et sur la capacité des pays à atteindre leurs objectifs climatiques. Les prochaines années seront décisives pour déterminer si l’IA sera un moteur de transition énergétique ou un frein à la décarbonation.