Le 10 décembre 2020, Donald Trump a annoncé que les États-Unis reconnaissaient « pour la première fois » la souveraineté du Maroc sur l’intégralité du Sahara occidental. Dans un message publié sur Twitter, le président sortant a qualifié le plan d’autonomie présenté par Rabat en 2007 de « seule base d’une solution juste et durable ». Cette reconnaissance, entrée immédiatement en vigueur, inverse des décennies de posture officielle américaine, jusque-là fondée sur la tenue d’un référendum d’autodétermination promu par les Nations unies.
« Le Maroc a reconnu les États-Unis en 1777. Il est donc juste que nous reconnaissions sa souveraineté sur le Sahara occidental », a écrit le président républicain. La phrase, publiée à quelques semaines de la fin de son mandat, a aussitôt été saluée par Rabat comme une victoire diplomatique majeure. Le roi Mohammed VI a adressé ses remerciements au président américain, tandis que le ministère marocain des Affaires étrangères y a vu « un acte historique et un appui décisif à la marocanité du Sahara ».
Un accord adossé à la normalisation avec Israël
Cette annonce n’est pas isolée. Elle s’inscrit dans un accord plus large conclu entre Washington et Rabat, dans le cadre des accords d’Abraham. Le Maroc a accepté de normaliser ses relations avec Israël, devenant ainsi le quatrième pays arabe à franchir le pas, après les Émirats arabes unis, Bahreïn et le Soudan. En échange, les États-Unis ont soutenu la position marocaine sur le Sahara occidental et se sont engagés à développer la coopération économique et militaire bilatérale.
La déclaration américaine a immédiatement changé la donne géopolitique. Rabat a intensifié son offensive diplomatique en Afrique, où plusieurs pays ont ouvert des consulats à Laâyoune et à Dakhla, les deux principales villes du territoire disputé. Sur le terrain, le Maroc contrôle environ 80 % de la superficie de l’ex-colonie espagnole, y compris ses réserves de phosphates et ses eaux poissonneuses. Le Front Polisario, soutenu par l’Algérie, administre une bande désertique à l’est du mur de sable, où se trouve son camp de base de Tindouf, en territoire algérien.
Le droit international mis à l’épreuve
La reconnaissance américaine n’a pas été sans conséquence sur le droit international. Le secrétaire général de l’ONU, António Guterres, a pris acte « avec préoccupation » de cette décision, tout en rappelant que le conflit devait être réglé conformément aux résolutions du Conseil de sécurité. Ces résolutions, adoptées depuis 1991, prévoient toujours l’organisation d’un référendum d’autodétermination, une option que le Maroc refuse désormais ouvertement.
Le Front Polisario, qui n’a pas obtenu l’autodétermination promise par l’accord de cessez-le-feu de 1991, a dénoncé une « violation flagrante du droit international ». L’Algérie, principal soutien financier et militaire des indépendantistes, condamne officiellement cette « ingérence américaine » dans le conflit. L’Union africaine, qui considère le Sahara occidental comme une question de décolonisation, a également exprimé son inquiétude.
Un héritage durable, malgré le changement d’administration
Le départ de Donald Trump de la Maison-Blanche n’a pas remis en cause cette orientation. L’administration Biden, bien que prudente, n’a jamais officiellement annulé la reconnaissance américaine. Elle a toutefois retardé l’ouverture d’un consulat américain au Sahara occidental, promise par Trump, et a relancé le processus onusien de discussion. Le Conseil de sécurité continue de renouveler le mandat de la Minurso, la mission de maintien de la paix chargée de surveiller le cessez-le-feu.
L’initiative de Donald Trump a ouvert une brèche diplomatique que le Maroc exploite depuis. Après la reconnaissance américaine, Israël a officiellement reconnu, en juillet 2023, la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental. D’autres pays, notamment en Afrique et au Moyen-Orient, ont emboîté le pas. Même si l’ONU ne s’est pas alignée, le rapport de force s’est clairement déplacé en faveur de Rabat.
Une « autoroute » aux multiples sorties
L’expression « autoroute Donald Trump », utilisée dans la presse européenne, traduit cette réalité : la décision américaine a ouvert une voie directe vers la reconnaissance internationale de la marocanité du Sahara. Une voie sans retour pour le Polisario, qui voit son projet indépendantiste de plus en plus isolé. Mais aussi une source d’instabilité, puisque le conflit reste non réglé et que la question du statut final du territoire demeure suspendue à la capacité de la communauté internationale à trouver un compromis.
Ce tournant américain a également redéfini les alliances régionales. Le Maroc, fort de son partenariat stratégique avec Washington, joue désormais un rôle central dans la diplomatie afro-atlantique. La reconnaissance de Trump, conçue comme un avantage électoral et commercial, est devenue un pilier de la politique étrangère marocaine, au point d’être présentée par Rabat comme « une étape historique irréversible ». Le dossier reste néanmoins loin d’être clos, entre les détracteurs du plan d’autonomie et l’ONU, toujours en attente d’une solution politique négociée.



