Le Parlement péruvien destitue le président par intérim José Jeri
Le Parlement péruvien a voté, mardi 17 février, lors d'une session extraordinaire, la destitution du président par intérim, José Jeri. Ce vote intervient à quelques semaines seulement de l'élection présidentielle prévue le 12 avril, dans un contexte de crise institutionnelle persistante.
Un vote écrasant pour la destitution
Le septième chef d'État en dix ans a été destitué par 75 voix pour, 24 contre et trois abstentions. José Jeri, âgé de 39 ans, était visé par deux enquêtes préliminaires ouvertes en janvier par le parquet, concernant des accusations de trafic d'influence et de parrainage illégal d'intérêts.
L'assemblée élira mercredi un nouveau président du Parlement, qui assumera automatiquement la présidence par intérim du pays jusqu'au 28 juillet, date à laquelle le président élu en avril prendra ses fonctions. Cette annonce a été faite par le président par intérim du Parlement monocaméral, Fernando Rospigliosi.
Des accusations graves et un contexte violent
José Jeri avait succédé à Dina Boluarte en octobre 2025, après sa destitution suite à une vague de violences sans précédent liée au crime organisé. Le président par intérim de droite était visé par plusieurs demandes de destitution portées par la minorité de gauche et un bloc de partis de droite au Parlement, qui cherchaient à le démettre pour inconduite fonctionnelle et manque d'aptitude à exercer ses fonctions.
Les enquêtes en cours concernent son intervention présumée dans le recrutement de neuf femmes au sein de son gouvernement, ainsi que des délits présumés de trafic d'influence après une rencontre secrète avec un homme d'affaires chinois ayant des relations commerciales avec l'État.
Défense et critiques acerbes
Je n'ai commis aucun délit. J'ai toute la légitimité morale nécessaire pour exercer la présidence de la République, s'était défendu José Jeri lors d'un entretien télévisé dimanche. Cependant, les critiques au Parlement ont été sévères.
Le parlementaire de droite Jorge Marticorena a affirmé : Le chef de l'État a déçu le Parlement par les erreurs qu'il a commises. Le Parlement s'est trompé en le choisissant et nous pouvons corriger cette erreur. De son côté, la parlementaire de gauche Susel Paredes a déclaré : Ce président ne sert à rien, il n'a rien fait, les chiffres des meurtres commandités et des homicides restent élevés et n'ont pas baissé.
Une montée alarmante de la violence
Longtemps considéré comme relativement sûr en Amérique latine, le Pérou fait désormais face à une rapide montée de la violence. En deux ans, le nombre des plaintes pour extorsion a été multiplié par plus de dix, passant de 2 396 à plus de 25 000 en 2025.
Une crise institutionnelle profonde
Ce vote s'inscrit dans une série de crises institutionnelles depuis 2016, illustrant le rapport de force durable entre un Parlement puissant et un exécutif affaibli, dans un contexte d'absence de consensus politique. Augusto Alvarez, analyste politique, estime auprès de l'Agence France-Presse : Un nouveau changement à la présidence, le quatrième au cours du cycle politique actuel, ne résoudra en rien la profonde crise institutionnelle que traverse le pays.
Selon lui, il sera difficile de trouver au sein du Parlement actuel, marqué par des accusations de médiocrité et des soupçons persistants de corruption, un remplaçant disposant d'une réelle légitimité politique.
Contexte électoral et popularité en chute libre
La rapidité de la procédure de destitution est associée par certains observateurs au contexte électoral, marqué par un nombre record de plus de 30 candidats. Les partis qui accélèrent la procédure pensent que cela pourrait les aider à obtenir davantage de voix au scrutin du 12 avril, juge M. Alvarez.
Après un début de mandat marqué par une popularité proche de 60 % grâce à des initiatives contre le crime organisé, le taux d'approbation de José Jeri est tombé à 37 % en février, reflétant la désillusion croissante de la population face à l'instabilité politique et à la violence endémique.



