Dans une tribune publiée par L'Express, Pascal Bruckner règle ses comptes avec Xenia Fedorova, directrice de la Maison russe des sciences et de la culture à Paris. Le philosophe estime que cette diplomate aurait dû être remerciée dès 2017, c'est-à-dire au moment même de son arrivée en fonction. Selon lui, la France a laissé s'installer au cœur de sa capitale une antenne officielle de la propagande de Vladimir Poutine.
Depuis sept ans, la Maison russe, située rue de l'Amiral-Hamelin dans le 7e arrondissement, se présente officiellement comme un lieu de promotion de la culture russe. Mais pour Bruckner, elle est devenue un instrument de déstabilisation, un cheval de Troie au service du Kremlin.
Une nomination sous le signe de l'ingérence
Xenia Fedorova a pris la tête de cette institution en 2017, année marquée par les tentatives d'ingérence russe dans la campagne présidentielle française. Les services de renseignement avaient alors révélé des opérations de piratage visant le mouvement d'Emmanuel Macron. Le philosophe ne croit pas à une coïncidence : l'arrivée de Fedorova à Paris coïncide avec une intensification des manœuvres moscovites sur le sol français.
Pour Pascal Bruckner, la France a fait preuve d'une naïveté coupable en continuant à considérer la Maison russe comme un simple espace culturel. Derrière les concerts et les expositions se cachent, selon lui, des activités d'espionnage et de propagande.
La perquisition de 2023 restée sans suite
En avril 2023, la police judiciaire a perquisitionné les locaux de la rue de l'Amiral-Hamelin dans le cadre d'une enquête pour ingérence numérique et intelligences avec une puissance étrangère. Les enquêteurs ont saisi des documents et des équipements électroniques, et deux employés ont été placés sous contrôle judiciaire. Xenia Fedorova, elle, n'a pas été inquiétée, bénéficiant de son statut diplomatique.
Pascal Bruckner s'indigne que cette perquisition n'ait débouché sur aucune sanction contre la directrice. Il regrette que la France n'ait pas su utiliser les moyens juridiques et diplomatiques à sa disposition pour mettre fin à cette présence ennemie. Pour lui, cette impunité illustre la complaisance des autorités françaises à l'égard de la Russie.
Sept ans d'inaction française
Pour l'essayiste, l'affaire Fedorova n'est que le symptôme d'une paralysie plus générale. Malgré les avertissements répétés des services de renseignement, l'État français a cédé à une realpolitik qui sacrifie la fermeté sur l'autel du dialogue avec Moscou. Ce laisser-faire a eu un coût : la Maison russe est devenue un pôle d'influence où se croisent oligarques, officiers du renseignement et personnalités politiques en quête de légitimité.
Le philosophe appelle donc à une mesure radicale : le départ immédiat de Xenia Fedorova et la fermeture durable de ce lieu. Sept ans de tolérance, écrit-il, c'est sept ans de trop. Il juge incompréhensible que la France continue d'offrir un toit à celle qui incarne, à ses yeux, la main de Moscou sur la vie publique et intellectuelle française.



