Les Émirats arabes unis (EAU) sont la cible d'une plainte déposée auprès de la Cour pénale internationale (CPI) pour leur rôle présumé dans le conflit au Soudan. La plainte, rendue publique mercredi 19 juin, accuse Abou Dhabi d'avoir fourni un soutien militaire et logistique aux Forces de soutien rapide (FSR), un groupe paramilitaire impliqué dans de graves violations des droits de l'homme.
Des accusations de complicité de crimes de guerre
Selon les documents soumis à la CPI, les Émirats auraient livré des armes, des munitions et des véhicules blindés aux FSR, tout en facilitant le transfert de combattants étrangers. Ces actions, affirment les plaignants, constituent une complicité dans des crimes de guerre, notamment des meurtres de civils, des violences sexuelles et des pillages.
La plainte a été déposée par un groupe d'avocats et d'organisations de défense des droits de l'homme, représentant des victimes soudanaises. Ils demandent à la procureure de la CPI, Karim Khan, d'ouvrir une enquête formelle sur le rôle des Émirats dans le conflit qui déchire le Soudan depuis avril 2023.
Un conflit dévastateur
La guerre au Soudan oppose l'armée régulière, dirigée par le général Abdel Fattah al-Burhane, aux FSR du général Mohamed Hamdane Daglo, dit "Hemedti". Le conflit a fait des dizaines de milliers de morts et provoqué le déplacement de plus de 8 millions de personnes, selon les Nations unies. Les FSR sont accusées de nombreuses exactions, notamment dans la région du Darfour.
Les Émirats ont toujours nié toute implication directe dans le conflit soudanais. Cependant, des rapports d'experts de l'ONU et des enquêtes de médias internationaux ont documenté des livraisons d'armes en provenance d'Abou Dhabi à destination des FSR, via des aéroports du Tchad voisin.
Réactions et implications diplomatiques
La plainte intervient dans un contexte de tensions croissantes entre les Émirats et d'autres puissances régionales, notamment l'Arabie saoudite et l'Égypte, qui soutiennent l'armée soudanaise. Les EAU, de leur côté, ont renforcé leurs liens avec les FSR, voyant en eux un contrepoids à l'influence islamiste au Soudan.
Un porte-parole du ministère émirati des Affaires étrangères a qualifié la plainte de "sans fondement" et a réaffirmé l'engagement de son pays en faveur d'une solution pacifique au Soudan. "Les Émirats soutiennent tous les efforts visant à mettre fin à la souffrance du peuple soudanais et à restaurer la stabilité", a-t-il déclaré.
La CPI n'a pas encore commenté la plainte. Si elle décide d'ouvrir une enquête, cela pourrait marquer un tournant dans la médiatisation du rôle des puissances étrangères dans le conflit soudanais. Les experts estiment que les preuves présentées sont solides, mais que la CPI pourrait hésiter à s'attaquer à un pays aussi influent que les Émirats.
Pour les victimes soudanaises, cette plainte représente un espoir de justice. "Nous voulons que les responsables, qu'ils soient soudanais ou étrangers, répondent de leurs actes", a déclaré un avocat des plaignants. "Le silence de la communauté internationale n'est plus acceptable."



