Le quotidien israélien Haaretz a publié, le 27 août, une enquête révélant un réseau de milices armées palestiniennes implantées à Gaza et soutenues par Tsahal. Les journalistes ont recueilli la parole de soldats israéliens et de Gazaouis, croisée avec des images satellites, des vidéos postées sur Facebook par des miliciens et des témoignages collectés par l'ONU.
Une activité coordonnée dans la région de Khan Younès
Parmi un ensemble de découvertes concomitantes, se dégage une certaine « activité coordonnée » dans la région de Khan Younès opposant le Hamas et un groupe armé palestinien soutenu par Tsahal. Selon le quotidien, « cet incident n'est qu'un sous-produit du renforcement de la collaboration » entre Tsahal et ces milices de Gaza. Autre élément troublant : les combattants palestiniens ne respectent pas les délimitations du territoire de Gaza et s'aventurent dans des zones contrôlées par Israël.
Six groupes armés identifiés
L'enquête a identifié six groupes armés de premier plan à Gaza, même si aucune activité au sol n'a été documentée pour la sixième. Pourtant, comme les autres, les mêmes tentes et les mêmes équipements ont été repérés. Chacun opère dans une zone bien définie : Beit Hanoun, Shujaiya, Deir al-Balah, Khan Younès et Rafah. Sur des vidéos publiées, une dizaine d'hommes armés apparaissent dans chaque groupe.
La proximité des bases miliciennes avec la ligne « jaune » de séparation officielle entre la zone contrôlée par Israël et celle sous contrôle palestinien est un avantage considérable dans leur coopération. Quelques centaines de mètres seulement les séparent. À la différence du reste de l'enclave, ces zones stratégiques se reconstruisent à vue d'œil avec un air de camp israélien, selon le quotidien. À côté de la base de Shujaiya, par exemple, un grand cimetière a été nivelé et remplacé par une vaste zone d'entraînement. Au moins un complexe de milice a été équipé des mêmes barrières en béton qu'utilise Tsahal pour protéger ses positions. Du côté d'Abu Shabab, dans l'est de Rafah, des machines d'ingénierie, le pavage d'une nouvelle cour d'entraînement, une aire de jeux, une mosquée et un magasin d'alimentation auraient été construits.
Des affrontements et des civils victimes
Des affrontements feraient rage entre ces miliciens et les combattants du Hamas. Mais selon les informations recueillies par l'ONU, des civils seraient aussi victimes de ces groupes. « Nous les avons vus arriver dans deux ou trois camionnettes, très similaires aux camions du Hamas. Ils ont juste couru et tiré sur les gens », a déclaré un officier de l'armée de l'air israélienne, en mission de surveillance menée par un drone pour suivre les milices. « Ils sont entrés dans chaque structure, ont pillé tout ce sur quoi ils pouvaient mettre la main, sont sortis avec des tas de choses - puis ont brûlé la maison. »
Cette coopération n'est pas niée côté israélien. En juin 2025, le premier ministre, Benyamin Netanyahou, avait été questionné sur un éventuel armement de « criminels affiliés à l'État islamique ». La question faisait entre autres référence aux hommes de Yasser Abu Shabab, qui dirigeait une milice dans la région de Rafah et qui, une fois blessé, aurait été évacué vers Israël. Le premier ministre avait alors admis que « sur l'avis de responsables de la sécurité, nous avons activé des clans à Gaza qui s'opposent au Hamas ».
Quid de l'accord de paix ?
Des sources proches du Hamas ont déclaré à Haaretz que la démilitarisation de leur mouvement ne pourrait pas advenir tant que les milices présentes à Gaza continuaient d'être armées et soutenues par Israël. Pour rappel, le plan de paix entre Israël et le Hamas se poursuit. Fin juillet, le Conseil pour la paix présidé par Donald Trump a présenté la prochaine étape : le désarmement simultané du Hamas, des milices et le retrait de Tsahal de l'enclave. Une proposition acceptée par l'autorité palestinienne mais rejetée, début août, par le premier ministre israélien qui affirme que le désarmement du Hamas doit être la première étape avant d'envisager la suite. Pour tenter de réparer les pots cassés, le gendre et conseiller de Donald Trump, Jared Kushner, s'est rendu, la semaine dernière, dans la région et a rencontré les différentes parties du conflit, l'une après l'autre. Pour l'heure, sans succès.
Selon des hauts responsables militaires israéliens interrogés par Haaretz, les hommes à la tête des milices ne représentent pas une alternative viable au Hamas. Il s'agirait plutôt d'anciens chefs de gangs et de trafiquants de drogue. Certains autres sont d'anciens membres des forces de sécurité de l'Autorité palestinienne, comme Shawqi Abu Nasira. Ce dernier a posté une vidéo dans laquelle il s'est justifié : « Je suis resté dans la région et, comme tout le monde, j'ai été pris pour cible par le Hamas. Mon fils et ma fille ont été tués, ma maison a été endommagée. Il est important que je me défende, le peuple palestinien et mon honneur. » L'homme a confirmé que ses hommes se sont coordonnés avec Israël sur des questions de sécurité et militaires et a ajouté avoir « pris la décision de libérer la terre du Hamas ». « Si les gens disent que cela fait de moi un collaborateur, alors je suis un collaborateur », a-t-il affirmé.
L'officier de l'armée de l'air a quant à lui rappelé les avantages qu'obtiennent ces hommes à soutenir Israël. De son côté, ni Tsahal, ni Shin Bet, n'ont répondu aux questions posées par les journalistes. Toutefois, un haut responsable de Tsahal a reconnu que les milices armées « n'avaient pas la capacité d'arracher le contrôle du Hamas. Sans la protection et le soutien de Tsahal, elles ne survivront pas militairement contre lui ».



