Le 27 juillet 1944, au matin, les membres du camp Battaglia, un groupe de résistants niché dans le maquis du Bessillon, dans le Var, sont réveillés à l’aube par un paysan courageux, Auguste Molinari, qui les avertit que les troupes allemandes encerclent la zone. La division « Brandebourg », forte de 1 500 hommes, est déployée. André Salvetti, surnommé « Tacade », raconte dans un témoignage publié par les archives de Nice-Matin : « Cet homme courageux est venu, au péril de sa vie, nous avertir que le Bessillon était encerclé par les troupes allemandes. »
L’ordre de dispersion et les trois groupes
L’ordre est donné aux 24 camarades du camp de se séparer en trois groupes et de rallier au plus vite les bois de Fox-Amphoux par des chemins différents. Le premier groupe, conduit par Léon Gérard, prend la direction de Nestuby, mais une section allemande les attend et ouvre le feu. Léon Gérard est blessé puis achevé sur place, mais ses protégés s’en sortent et trouvent refuge dans les bois de Montfort. Le deuxième groupe parvient à rejoindre le point de ralliement sans croiser l’ennemi.
Le groupe d’André Salvetti : une tragédie
Le sort le plus tragique revient au troisième groupe, celui d’André Salvetti. « Harcelés par nos ennemis, à nos trousses depuis l’aube, nous montions en file indienne vers le sommet afin de leur échapper. Mais un détachement allemand nous y attendait », relate-t-il. « Arrivés à 80 mètres du but, nous avons été pris sous un feu intense de mitrailleuses et fusils-mitrailleurs. La plupart d’entre nous furent tués ou blessés. »
André Salvetti parvient à échapper aux balles « par chance ». Il rampe dans les fourrés, tentant de se cacher. « Je rampais dans les fourrés, tentant de me cacher le mieux possible. J’espérais voir arriver un ou deux camarades », confesse-t-il. En vain. Les soldats descendent alors dans sa direction et arrosent de balles les bosquets pour traquer d’éventuels survivants, sans le toucher. « Je ne sais pas combien de temps je suis resté ainsi », dit-il. Il entend « des cris, des détonations, des tirs de revolver ». Une fois les Allemands partis, il sort et tombe en pleurs devant les corps de ses camarades : « Mes frères de combat, criblés de balles, gisaient là, morts. Ils avaient 20 ans. »
Au total, huit résistants de ce groupe tombent. André est le seul survivant. Décédé en 2011, il habitait La Seyne et travaillait aux chantiers navals au début de la guerre. En mars 1943, il refuse le service du travail obligatoire et rejoint le maquis en Haute-Savoie. Arrêté par la Gestapo en novembre 1943, il est torturé puis conduit à l’exécution en décembre. Aidé d’un camarade, il parvient à s’échapper, est recueilli, soigné, puis quitte la Savoie pour le Var, où il rejoint le camp Battaglia.
Les autres exécutions du 27 juillet
Ce jour-là, un autre drame se déroule. Au début de juillet 1944, Gabriel Phillis, secrétaire de mairie à Cotignac, est arrêté sur dénonciation. Il fournissait des renseignements aux résistants et fabriquait de fausses cartes d’identité. Il est emprisonné à Brignoles. Peu après, d’autres arrestations ont lieu à Barjols, avec l’aide de collaborateurs français. Le 27 juillet, dix prisonniers résistants sont conduits au pied du Bessillon. On leur ordonne de porter des explosifs pour faire sauter Le Jas, que les Allemands suspectent d’être un refuge de maquisards. Après deux heures de marche, les soldats nazis assassinent les dix prisonniers au lieu-dit Sainte-Catherine. Leurs corps sont retrouvés quelques jours plus tard, abandonnés sur ce charnier.
Bilan : 18 morts
Au total, ce jour-là, 18 personnes perdent la vie : huit du groupe d’André Salvetti et dix autres résistants exécutés. Quatre-vingt-deux ans après, le témoignage d’André Salvetti reste un poignant rappel de la barbarie de la guerre et du courage de ceux qui ont résisté.



