Peut-être moins célèbre que son équivalent aérien Flight Radar, le site Internet Marine Traffic gagne considérablement en notoriété depuis que l'Iran a fermé le détroit d'Ormuz, en représailles aux frappes américaines et israéliennes de fin février. Sur cette plateforme en ligne, il est possible de suivre en direct le trafic maritime à l'échelle mondiale, de pister des navires spécifiques, de consulter leurs photographies ou de vérifier si des bâtiments chinois défient, ou non, le blocus américain.
Un leader du suivi maritime avec une audience en forte croissance
S'il existe d'autres sites similaires comme Vessel Finder, Vessel Tracker ou Ship Spotting, Marine Traffic domine largement son secteur, avec un trafic organique dépassant les deux millions de clics par mois. Les statistiques révèlent un engouement particulièrement marqué depuis le début du conflit, notamment parmi les utilisateurs basés aux États-Unis, en Grande-Bretagne et en France.
Le Système d'identification automatique (AIS) : la clé de voûte
Les plateformes comme Marine Traffic collectent leurs données grâce au Système d'identification automatique (AIS) des navires, l'équivalent maritime du transpondeur aérien. Ce système est obligatoire pour la grande majorité des navires et permet de transmettre des informations essentielles : identifiant du bateau, position géographique, port de départ, itinéraire, vitesse, port d'arrivée, type de navire, tonnage, etc. La fréquence d'émission de l'AIS offre un aperçu quasi instantané du trafic maritime n'importe où sur le globe.
Une visualisation précise et détaillée en temps réel
Concrètement, Marine Traffic permet d'observer avec précision ce qui se déroule en direct dans le détroit d'Ormuz. Sur la carte interactive, les points représentent les navires à l'arrêt tandis que les flèches indiquent les bâtiments en mouvement et leur direction. Un code couleur facilite l'identification : rouge pour les navires-citernes (pétroliers, chimiquiers), vert pour les cargos (porte-conteneurs), bleu pour les navires de passagers et bleu ciel pour les navires spéciaux (remorqueurs, militaires). Un simple clic sur un repère affiche le nom du navire, sa photographie et toutes les informations disponibles gratuitement, sachant qu'une version payante du site existe également.
Grâce à ces fonctionnalités, on peut constater, par exemple ce mardi à 13 heures, que plusieurs navires ont franchi ou s'apprêtent à franchir le détroit d'Ormuz. C'est le cas du tanker Peace Gulf, immatriculé au Panama, qui a quitté Oman et se dirige vers le port de Hamriya, aux Émirats Arabes Unis. On observe également le porte-conteneurs Rayen, parti de Zhuhai en Chine, qui navigue actuellement dans le détroit en direction de l'Iran sans avoir précisé son port de destination final.
Les limites du suivi : navires invisibles et exceptions militaires
Marine Traffic permet de visualiser de nombreuses activités maritimes, mais pas la totalité. Les navires relevant de la convention internationale Solas ont l'obligation de disposer d'un AIS fonctionnel, ce qui inclut tous les navires de commerce de plus de 15 mètres et ceux transportant plus de 11 passagers. Si l'AIS reste facultatif pour les plaisanciers, les pêcheurs ou les petits bateaux de commerce, la majorité de ces usagers l'ont adopté volontairement, tout en conservant la possibilité de le désactiver à tout moment.
En revanche, ce qui échappe totalement au suivi de Marine Traffic, ce sont les bâtiments militaires. Bien que l'on sache que plusieurs navires américains se trouvent dans la mer d'Arabie ou le golfe d'Oman, il est impossible de les localiser avec précision. Malgré sa taille imposante et bien que l'on connaisse sa route vers cette zone, le porte-avions français Charles de Gaulle n'a émis aucun signal AIS depuis près de 2.300 jours et reste introuvable sur la plateforme. Évidemment, les vedettes et navires militaires iraniens sont, eux aussi, parfaitement invisibles.



