Mali: le ministre de la Défense Sadio Camara tué dans une attaque
Mali: le ministre de la Défense Sadio Camara tué

Le choc est à la mesure de l'attaque. Au Mali, le ministre de la Défense, le général Sadio Camara, figure centrale du régime militaire, a été tué samedi 25 avril dans l'assaut mené contre sa résidence à Kati, ville-garnison aux portes de Bamako.

L'information, révélée en premier par la presse internationale, notamment Le Figaro, a été confirmée dans la journée de ce dimanche par Jeune Afrique et RFI, ainsi que par plusieurs sources familiales puis sécuritaires. Selon ces dernières, une partie de ses proches, dont une de ses épouses, a également péri dans l'attaque.

À 47 ans, cet officier formé en Russie incarnait une génération de militaires convaincus que la reconquête de la souveraineté passait par une rupture assumée avec les partenaires occidentaux. Il était l'un des architectes du système mis en place depuis les coups d'État de 2020 et 2021.

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Un homme du sérail militaire

Peu connu du grand public avant 2020, Sadio Camara s'impose dans l'ombre des casernes. Officier de carrière, il appartient au premier cercle des militaires qui prennent le pouvoir en août 2020, aux côtés du colonel Assimi Goïta.

Dans ce groupe de jeunes officiers, il se distingue par sa maîtrise des questions de défense et son réseau au sein de l'appareil militaire. Très vite, il devient incontournable.

Nommé une première fois ministre de la Défense dans la transition, il est brièvement écarté sous pression internationale, avant de revenir en force après le second coup d'État de mai 2021. Un retour qui marque l'affirmation d'une ligne plus dure au sommet de l'État.

L'architecte du tournant russe

C'est sous son impulsion que Bamako opère l'un des basculements géopolitiques les plus significatifs de son histoire récente.

Dans un contexte de dégradation des relations avec la France et ses partenaires européens, Sadio Camara pilote le rapprochement avec Moscou. Il est l'un des principaux artisans de l'arrivée du groupe Wagner — devenu ensuite Africa Corps — pour appuyer l'armée malienne dans sa lutte contre les groupes djihadistes.

Ce choix stratégique, présenté comme un acte de souveraineté, redessine les alliances du pays. Mais il expose aussi le régime à de nouvelles dépendances et à des critiques sur les méthodes employées sur le terrain. Sadio Camara a été sanctionné par le Trésor américain en 2023.

Une doctrine sécuritaire offensive

Sur le plan militaire, Sadio Camara défend une approche offensive : reprendre le contrôle du territoire, coûte que coûte.

La reconquête de Kidal en novembre 2023, bastion historique des rébellions touarègues, constitue l'un des succès mis en avant par les autorités. Une victoire symbolique, censée marquer le retour de l'État dans le nord du pays. Mais derrière ces avancées, la réalité sécuritaire reste fragile. Les groupes djihadistes, notamment le Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans (JNIM) affilié à Al-Qaïda, conservent une forte capacité de nuisance. Les attaques se multiplient, y compris dans des zones autrefois relativement épargnées.

Une cible stratégique

La mort du ministre intervient au lendemain d'une offensive d'une ampleur inédite depuis l'arrivée au pouvoir de la junte en 2020. Dès l'aube samedi, des combattants djihadistes du JNIM, affilié à Al-Qaïda, et des rebelles touaregs du Front de libération de l'Azawad (FLA) ont lancé des attaques coordonnées contre des cibles stratégiques.

Bamako, Kati, mais aussi Gao, Sévaré et Kidal ont été simultanément visées. Dans la capitale, des combats ont éclaté autour de l'aéroport et de la base militaire de Sénou, tandis que des hélicoptères survolaient la ville. Les principales artères menant aux sites sensibles ont été bouclées.

Dans un communiqué diffusé samedi soir, le JNIM a revendiqué l'opération, affirmant avoir ciblé « le siège du président », « celui du ministre de la Défense » ainsi que l'aéroport international de Bamako. Le groupe djihadiste a proclamé une « victoire », revendiquant une coordination étroite avec ses « frères » du FLA.

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La coordination affichée entre le JNIM et le FLA constitue un tournant. Jusqu'ici, djihadistes et rebelles touaregs poursuivaient des objectifs distincts, parfois concurrents. Leur convergence tactique traduit une recomposition profonde du paysage sécuritaire.

Pour plusieurs analystes, cette offensive vise autant à infliger des pertes militaires qu'à ébranler le cœur du pouvoir. En ciblant Kati et Bamako, les assaillants frappent directement le dispositif militaire de la junte.

Dans tous les cas, la disparition de Sadio Camara ouvre une zone d'incertitude. Elle fragilise un dispositif sécuritaire qui peut vaciller à tout moment et pourrait raviver des tensions internes dans un régime sous pression.

Reste une question, désormais au centre de toutes les interrogations : comment le ministre de la Défense d'un pays en guerre a-t-il pu être atteint chez lui, à Kati, l'un des sites les plus sécurisés du Mali ?