Exil forcé d'un journaliste centrafricain face à la propagande russe
Journaliste centrafricain en exil face à la propagande russe

Ephrem Yalike Ngonzo, journaliste centrafricain bien connu, a été contraint de quitter son pays après avoir publié des enquêtes sur l'influence russe en République centrafricaine (RCA). Dans un entretien à Libération, il confie : « Je ne me sens en sécurité nulle part ». Son exil forcé illustre les dangers croissants pour les médias indépendants dans un pays où la présence de mercenaires russes, notamment via le groupe Wagner, s'est intensifiée.

Un journaliste sous pression

Ephrem Yalike Ngonzo, qui dirigeait le média en ligne Le Journal de Bangui, a reçu des menaces de mort après la publication d'articles sur les activités de la milice russe Wagner, accusée de violations des droits de l'homme et de pillage des ressources naturelles. « J'ai été suivi, mes proches ont été intimidés, et j'ai finalement compris que ma vie était en danger », explique-t-il.

Le journaliste a également été victime de campagnes de diffamation orchestrées sur les réseaux sociaux, souvent attribuées à des comptes liés à la propagande russe. Ces attaques visaient à discréditer son travail et à le présenter comme un agent de l'étranger. « Ils ont tout fait pour me faire taire, mais je continue à écrire depuis l'exil », affirme-t-il.

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La propagande russe en RCA

Depuis l'arrivée de Wagner en 2018, la Russie a déployé une stratégie d'influence massive en Centrafrique, incluant la diffusion de fausses informations et le contrôle de médias locaux. Des journalistes indépendants comme Yalike Ngonzo sont devenus des cibles. Selon des rapports d'ONG, plus de 50 cas d'intimidation de journalistes ont été recensés en 2022, dont 12 exils forcés.

Cette propagande s'appuie sur des médias locaux achetés ou créés par la Russie, comme la radio Lenga Songo, qui relaie des messages pro-russes et anti-occidentaux. Les journalistes qui refusent de se conformer sont menacés ou arrêtés. « La liberté de la presse est en train de mourir en Centrafrique », déplore Yalike Ngonzo.

Un exil douloureux mais nécessaire

Contraint de fuir, le journaliste a trouvé refuge dans un pays voisin, dont il tait le nom par sécurité. Il continue de travailler grâce à des connexions sécurisées et des collaborations avec des médias internationaux. « Mon exil est une épreuve, mais c'est aussi une chance de faire entendre ma voix au-delà des frontières », confie-t-il.

Son départ a laissé un vide dans le paysage médiatique centrafricain. Ses confrères, restés sur place, vivent dans la peur. Certains ont choisi l'autocensure pour survivre, tandis que d'autres tentent de poursuivre leur mission en secret. « Nous avons besoin de soutien international pour protéger les journalistes qui restent », lance-t-il.

La communauté internationale doit agir

Ephrem Yalike Ngonzo appelle les organisations de défense de la liberté de la presse, comme Reporters sans frontières (RSF), à intensifier leurs pressions sur le gouvernement centrafricain et sur la Russie. « Il est temps que la communauté internationale prenne des sanctions concrètes contre les responsables de ces violations », insiste-t-il.

Le cas de Yalike Ngonzo n'est pas isolé. En Afrique, plusieurs journalistes ont été contraints à l'exil à cause de l'influence russe, notamment au Mali, au Burkina Faso et au Soudan. Cette tendance alarmante menace la démocratie et le droit à l'information sur le continent.

Un combat qui continue

Malgré la distance, le journaliste reste déterminé à poursuivre son travail. Il prépare actuellement une enquête approfondie sur les activités économiques de Wagner en Centrafrique, notamment dans le secteur minier. « Je ne me tais pas. Tant que je serai en vie, je continuerai à dénoncer les injustices », promet-il.

Son histoire est un rappel poignant de l'importance d'une presse libre et indépendante, et des sacrifices que certains sont prêts à faire pour la défendre. Ephrem Yalike Ngonzo est devenu un symbole de résistance face à la désinformation et à l'oppression.

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